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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

La jeune réalisatrice serbe Maja Milos frappe fort avec son premier long-métrage. Clip est un film sans concession sur le mal-être adolescent et ses dérives, avec un réalisme trash façon Larry Clark. Radical.

 

 

Affiche-Clip.jpg


 

Jasna, une adolescente de 16 ans, s’ennuie dans sa petite ville en périphérie de Belgrade, entre les cours du lycée et la vie chez elle, où ses parents n’arrivent plus à dialoguer avec elle. Comme les autres jeunes de son âge, ses seules préoccupations sont de faire la fête, de rencontrer des garçons et de se filmer en permanence avec son téléphone portable. Jasna tombe folle amoureuse de Djole, un garçon de son école. Prête à tout pour lui plaire, Jasna sombre vite dans les excès de l’alcool, du sexe et de la drogue.

 

 

 

 


 

Après plusieurs courts-métrages, la réalisatrice serbe Maja Milos a décidé de passer au long en abordant le rapport à la drogue, à l'alcool et au sexe qu'entretiennent les ados dans son pays (mais est-ce bien différent ailleurs ?). Si le film s'appelle Clip, ce n'est pas par hasard. Les ados d'aujourd'hui ont grandi avec les vidéoclips sur les chaînes musicales (MTV entre autres) et internet, des clips de plus en plus crus et qui offrent notamment une image de la femme comme objet sexuel. La réalisatrice ajoute : "L'idée de Clip m’est venue après avoir visionné beaucoup de clips vidéos sur internet faits par de très jeunes filles, filmant des soirées sauvages, des plaisanteries en plein cours, des prises de drogues, des sextapes etc. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose de très important qui se passait là, dans cette façon de s’exprimer chez les jeunes." En effet, l'héroïne Jasna, incarnée par une jeune actrice non professionnelle âgée de seulement 14 ans au moment du tournage, passe son temps à se filmer avec son téléphone portable, se prenant pour les popstars locales qu'elle écoute et buvant cul-sec des bouteilles de gin avec ses copines.

 

Le film de Maja Milos rappelle évidemment le travail de Larry Clark dans Kids  ou Ken Park, notamment par sa sensibilité et l'approche frontale de la question. Ici, le sexe n'est pas simulé. Jasna pense que le seul moyen d'être aimée de son "mec", un jeune rebelle dont elle est éprise, c'est de le sucer dans les toilettes du lycée ou d'accepter des humiliations sexuelles qui semblent le faire jouir. "Notre société est habituée à la violence et ne réagit plus" note la réalisatrice. Il est vrai que si la violence se banalise à l'écran depuis environ deux décennies, le sexe est rarement montré si crument au cinéma. Le mélange d'images filmées à la caméra et avec le téléphone portable donne un résultat hybride rappelant les sextapes et autres vidéos amateurs qui circulent sur internet. Sur ce thème, Maja Milos va plus loin que Michel Franco (Despuès de Lucia, lire l'article du 1 octobre 2012) ou Harmony Korine (scénariste de Larry Clark et réalisateur du récent Spring Breakers, lire l'article du 8 mars 2013). Elle filme les corps au plus près et de manière totalement désérotisée, souvent de façon laide. Le contexte des personnages, une banlieue de Belgrade qui donne envie de se pendre, est toujours là, en toile de fond : un pays marqué par la guerre, une jeunesse sans repères, des aînés qui ont abandonné… Le foyer familial est sur le point d'exploser : le père de Jasna est mourant et sa mère craint de basculer totalement dans la misère. Jasna, elle, sort, boit et se drogue tous les soirs pour oublier, pour s'oublier. Mais Maja Milos ne fait pas de misérabilisme. Elle filme ses personnages dans leurs névroses, dans leurs obsessions, dans leur narcissisme, dans leur déroute.

 

Clip est aussi un film désespéré sur l'amour naissant. Jasna et  Djole (son mec) ne savent pas se dire leurs sentiments (les connaissent-ils vraiment ?). Elle pense que se soumettre sexuellement, subir les pires humiliations, ce sont des preuves d'amour, alors que lui est incapable de se comporter autrement que comme un dominateur face à un objet sexuel. Quand elle lui dit "Je t'aime, je serais prête à faire n'importe quoi pour toi", il lui répond "Commence par apprendre à sucer correctement". Dans cette violence, néanmoins, naît l'amour petit à petit, étrangement. La scène finale, qui laisse bouche bée, est éloquente et renvoie tout le monde à ses certitudes.

 

 

...HB...

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