Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Le réalisateur turc Emin Alper livre un premier film étonnant, Derrière la colline. Entre western, drame familial et suspense, ce premier long regorge de bonnes surprises. Primé à Berlin en 2012.

 

 

Affiche-Derriere-la-colline.jpg


 

Au pied de collines rocheuses, Faik mène une vie de fermier solitaire avec son métayer et sa femme. Quand arrivent de la ville son deuxième fils et ses petits-enfants, il les met en garde contre les nomades qui traversent la région. Tandis que se déroulent les vacances, la menace rôde, silencieuse et invisible.

 

 

 

 


 

Présenté dans de nombreux festivals en 2012 (Berlin, Paris Cinéma, Sarajevo…), Derrière la colline est le premier film d'Emin Alper. Le film est un huis-clos en plein air, ramené sur environ 24 heures dans la campagne turque. L'histoire est celle d'un week-end en famille, avec un fermier assez âgé, ses fils et ses petits-fils. Une série d'événements vont semer le trouble, le doute, la menace dans le cercle familial. Dès le départ, le vieux fermier nous apprend qu'il est en conflit avec les "nomades" qui vivent "derrière la colline". Par mesure de rétorsion, il leur a dérobé une chèvre qu'il tue pour la manger en famille. A partir de là, des événements inquiétants surviennent.

 

La qualité première du film est de mélanger habilement plusieurs codes cinématographiques. On trouve du suspense, mais aussi du western sous influence italienne (inspiration avouée : Sergio Leone) avec grand angle récurrent, et contemplation qui rappelle le travail de son aîné Nuri Bilge Ceylan. Autre qualité, la caractérisation du personnage. Les deux frères que tout oppose (un métayer terne et un citadin veuf et alcoolique) et leurs enfants respectifs, marqué par la guerre, fasciné par les armes, sauvage errant dans la campagne, petite fille téméraire. Petit à petit, les comportements dérapent, les attitudes se font étranges. Dans une scène sublime, Zafer, ancien soldat à l'esprit dérangé par un traumatisme de combat, sort littéralement la tête de l'eau pour observer un bataillon traverser la rivière, armé jusqu'aux dents. Les hallucinations de ce personnage seront une des pistes que choisit le cinéaste pour illustrer son propos, une allégorie de la Turquie d'aujourd'hui, "empoisonnée par la paranoïa et la suspicion" selon Emin Alper qui renchérit : "le climat politique est basé sur ce même besoin de se créer un ennemi. Que ce soit les Kurdes ou un soi-disant complot international sans compter d’innombrables conflits internes. Chez nous, les débats ne peuvent jamais être raisonnables. Car les théories du complot sabrent les fondations de tout débat politique."

 

Derrière la colline déploie un imaginaire poétique pour un discours politique mais surtout universel, dénonçant "la peur de l'étranger et l'absurdité de la loi du Talion". Ne dévoilant jamais l'existence des fameux nomades, le réalisateur préfère laisser la porte ouverte à l'imaginaire du spectateur. Au milieu du film, un personnage dit "Peut-être que cet endroit rend sauvage". C'est précisément ce mystère que le film approche sans jamais utiliser de procédés alourdissant une mise en scène épurée. Un cinéaste à suivre.

 

 

...HB...

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog