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Tony Kaye, le réalisateur du film culte American History X, revient avec Detachment, un film dans l'air du temps -de crise. Adrien Brody incarne un prof remplaçant qui observe un monde qui part en lambeaux. Intéressant mais aussi agaçant.
Henry Barthes est un professeur remplaçant. Il est assigné pendant trois semaines dans un lycée difficile de la banlieue new-yorkaise. Lui qui s’efforce de toujours prendre ses distances va voir sa vie bouleversée par son passage dans cet établissement...
Depuis Le pianiste, Adrien Brody enchaîne les rôles sans grande ampleur alors qu'il est certainement l'un
des meilleurs acteurs de sa génération. Avec Detachment, qu'il coproduit, il espérait sûrement toucher une large audience sur un sujet terriblement actuel : la jeunesse désenchantée et
les difficultés rencontrées par les enseignants. Le film de Tony Kaye prend la forme d'un pendant US de la Palme d'Or Entre les murs de Laurent Cantet. L'image est là aussi
volontairement esthétisée dans le style 'prise brute', celle du documentaire. Le cinéaste y mêle ses dessins en animation, sur un tableau noir, et des images super 8 en flashbacks. De vrais
professeurs témoignent également de leurs difficultés dans un montage qui entrecoupe la fiction et ces "confessions" face caméra, sûrement la moins bonne idée du film.
Detachment fait le portrait d'un lycée en zone difficile, avec ses élèves violents parce que pleins de
colère et complètement paumés. Les parents comme la plupart des profs ont jeté l'éponge et Tony Kaye montre des adultes qui ont perdu, d'une manière ou d'une autre, la connexion avec la réalité
des jeunes. Comme ce prof invisible aux yeux de tous et qui s'accroche aux grilles de l'école comme aux barreaux d'une prison, comme le grand-père du personnage principal, atteint de la maladie
d'Alzheimer, comme la principale du lycée, qui va perdre son poste et peut-être sauver son couple (incroyable Marcia Gay Harden), comme la jeune prostituée, à mi-chemin entre l'adolescence et
l'âge adulte et que Barthes va prendre sous son aile. Ce prof remplaçant arrive à se faire respecter dans sa classe, mais ce n'est finalement pas le sujet principal du film. Ce qui compte, c'est
cette radioscopie de la jeunesse en perdition que lui seul semble comprendre, parce que son enfance fut un désastre. Là encore, c'est la limite du film, trop de malheurs sur les épaules de ce
pauvre Henry Barthes.
Au final, c'est la jeune Meredith (Betty Kaye) qui est la figure la plus juste et la plus touchante de
Detachment. Par son refus d'abandonner ses rêves et son physique sans cesse moqué, elle est une boule de douleur qui va éclater au grand jour dans une scène très forte avec le prof. Elle
représente à elle seule cette jeunesse en détresse, qui ne voit plus son avenir comme un horizon mais comme un gouffre. C'est la vraie force de ce film trop complaisant parfois et surtout à la
réalisation maniérée qui souligne trop le propos misérabiliste. American History X avait plus de distance et de pudeur, et donc plus d'impact.
...HB...
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