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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Joseph Gordon-Levitt passe derrière la caméra et réalise un premier long-métrage étonnant, Don Jon, dont il tient le rôle principal. Une comédie acide sur le consumérisme sexuel, avec une mise en scène convaincante. Un réalisateur est né.

 

 

Affiche-Don-Jon.jpg

 


Jon Martello est un beau mec que ses amis ont surnommé Don Jon en raison de son talent à séduire une nouvelle fille chaque week-end. Mais pour lui, même les rencontres les plus excitantes ne valent pas les moments solitaires qu’il passe devant son ordinateur à regarder des films pornographiques. Barbara Sugarman est une jeune femme lumineuse, nourrie aux comédies romantiques hollywoodiennes, bien décidée à trouver son Prince Charmant. Leur rencontre est un choc, une explosion dans la vie de chacun. Bourrés d’illusions et d’idées reçues sur le sexe opposé, Jon et Barbara vont devoir laisser tomber leurs fantasmes s’ils veulent avoir une chance de vivre enfin une vraie relation…

 

 

 

 


 

Joseph Gordon-Levitt est une valeur montante du cinéma américain. Après avoir débuté très jeune dans les années 90, ces dernières années, il s'est illustré dans Mysterious skin de Gregg Araki (2004), (500) jours ensemble de Mark Webb (2009) et surtout Inception de Christopher Nolan (2010) et Looper de Brian Johnson (2012). Artiste multi-talents (il joue de la musique), il a réalisé plusieurs courts-métrages avant de se lancer dans son premier long, Don Jon, une comédie romantique sur fond d'addiction au porno. C'est l'originalité de ce point de vue qui a d'ailleurs immédiatement convaincu Julianne Moore et Scarlett Johansson.

 

Jon (Gordon-Levitt, tout en muscles après un entraînement intensif) est un jeune homme obsédé par "son corps, son appart, sa caisse, sa famille, son église, ses potes, ses copines, son porno". Tous les week-ends se ressemblent avec un rituel immuable : ménage, virée en voiture, sortie en boite avec ses potes où il "lève" des filles, messe et confession dominicales, repas en famille et salle de sport. La vraie bonne idée de mise en scène est de jouer sur la répétition de ce mode de vie en gardant des plans récurrents qui vont évoluer à l'intérieur du cadre le jour où il va rencontrer Barbara, "la plus belle chose qu'il ait jamais vue" (Scarlett Johansson). Mais la belle ne partage aucun des goûts de son homme, refuse qu'il fasse le ménage, l'emmène voir des films sentimentaux (hilarants caméos de Channing Tatum et Anne Hathaway) et menace de le quitter quand elle le surprend devant un porno. "Tout comme Jon, qui s’est créé ce monde fantasmé afin d’échapper à la réalité, Barbara s’est fabriqué cette image d’un avenir idéal (...) cela ne laisse aucune place à la réalité des rapports humains" souligne Joseph Gordon-Levitt. En effet, chacun à sa manière, Jon et Barbara sont obsédés par une image déformée de la réalité véhiculée par la fiction et le marketing.

 

Le montage d'une précision mathématique, le travail prodigieux sur le son et l'inventivité de la mise en scène propulsent Don Jon au rang des premiers films les plus excitants de ces dernières années. Si le propos est attendu (le porno et le narcissisme ambiant nous coupent des relations humaines), le film fait preuve d'une belle audace formelle et s'attaque à ce qui pourrit Hollywood de l'intérieur : le formatage par la fiction de notre relation à l'autre. Joseph Gordon-Levitt a une belle idée de cinéma pour signifier la prise de conscience de "Don Jon" et le déclic vers son ouverture aux autres (initiée par le personnage émouvant incarné par Julianne Moore) : alors qu'il emprunte le sempiternel couloir vers sa salle de musculation, il change de cap et entre sur le terrain de basket (visible du spectateur mais ignoré de Jon depuis le début du film) pour une partie de sport collectif. Don Jon cartographie d'une manière cynique mais troublante les enjeux de notre société, entre narcissisme et peur de l'autre.

 

 

...HB...

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