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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Robin Campillo revient à la réalisation avec Eastern Boys, son deuxième long-métrage en dix ans. Une chronique énigmatique et audacieuse autour du désir, du rapport de domination et de la complexité des échanges humains.

 

 

Affiche-Eastern-Boys.jpg

 


Daniel aborde Marek dans une gare parisienne où ce dernier traine avec sa bande. Il lui propose de le retrouver chez lui le jour suivant. Mais lorsque Daniel ouvre la porte de son appartement le lendemain, il est loin d’imaginer le piège dans lequel il s’apprête à tomber et qui va bouleverser sa vie.

 

 

 

 

 


Robin Campillo est connu pour être le monteur de la plupart des films de Laurent Cantet (ainsi que du très beau Qui a tué Bambi ? de Gilles Marchand) et aussi le réalisateur, en 2004, du film Les revenants, qui a inspiré plus récemment une série à succès. Avec Eastern Boys, le scénariste-réalisateur-monteur aborde de front plusieurs sujets politiques et/ou polémiques : l'homosexualité, la prostitution, les sans-papiers… Olivier Rabourdin incarne à merveille un homme énigmatique, auquel on peine à s'identifier dans un film toujours surprenant.

 

La longue séquence d'ouverture est une prouesse de mise en scène. Sans aucun dialogue pendant plusieurs minutes, Robin Campillo installe les personnages et les enjeux de son film. Sur le parvis et à l'intérieur de la si cinématographique Gare du Nord, la caméra guette ses personnages en hauteur, comme des proies, dans un ballet chorégraphiant le quotidien précaire de ceux que la société exclut (les pauvres, les vieux, les sans-papiers) et des incontournables figures de la vie urbaine (forces de l'ordre, cadres pressés entre deux rendez-vous, jeunes réunis dans un fast food). Un homme dans la quarantaine drague un jeune immigré et lui donne rendez-vous chez lui le lendemain.

 

Après cette introduction portant le très beau titre de Sa majesté la rue, le film se resserre sur deux entités : Daniel (Olivier Rabourdin, excellent) en pré-quinqua indolent et un groupe de jeunes de l'est (eastern boys donc) menés par un "Boss" avec sa cour dont fait partie Marek, personnages campés par deux jeunes acteurs russes exceptionnels (Danil Vorobyev et Kirill Emelyanov). Robin Campillo trouve une grande justesse de ton, oscillant entre empathie et froide observation. "La question de l’éthique m’intéresse davantage : à quel moment entre-t-on en phase ou pas avec un personnage ? Par moments, pendant le tournage, j’avais honte de Daniel, de sa cruauté, de sa lâcheté. Chaque partie redéfinit le film, son rythme, son territoire" signale le cinéaste. Daniel et Marek sont deux hommes complexes, chacun à sa façon. On ne comprend pas toujours ce qui les réunit et on se demande si l'attirance de Daniel pour le jeune éphèbe se mue en une sincère affection ou une revanche inconsciente, histoire de reprendre la main dans un rapport de domination. Cette ambigüité, le réalisateur l'entretient jusqu'au bout, même quand le film tourne au polar. Seule la séquence finale, radicalement politique, affirme son intention. Le film varie entre hyperréalisme et onirisme, marque d'une maîtrise formelle évidente.

 

 

...HB...

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visiteur 16/04/2014 14:17


En fait il ne faudrait pas révéler l'histoire, même le début, car cela ne peut que nuire à la surprise de la découverte. Une bonne critique ne dirait rien de l'histoire, sinon il faut mettre en
garde les lecteurs.

HB 16/04/2014 14:45



Merci de ton attention, déjà. Je comprends ta remarque, mais il est difficile de parler d'un film et de sa mise en scène sans parler un peu de l'intrigue. J'essaie tout de même de ne pas trop
déflorer les films pour ceux qui ne les ont pas encore vus. Mais je note !



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