Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Littérature

 

C'est le roman coup de poing de ce début d'année. Dans En finir avec Eddy Bellegueule, Edouard Louis raconte son enfance, véritable chemin de croix entre violence, misère et homophobie. Un roman autobiographique brutal mais sans haine, un témoignage sans complaisance.

 

 

Eddy-Bellegueule.JPG


 

C'est le livre qui agite le monde littéraire en ce début d'année 2014. Edouard Louis, 21 ans, normalien, publie son premier roman, En finir avec Eddy Bellegueule, largement autobiographique. Les premiers mots sont d'une violence sourde : "De mon enfance je n'ai aucun souvenir heureux." Cette courte phrase rappelle l'incipit de L'asphyxie de Violette Leduc ("Ma mère ne m'a jamais donné la main"). Fin des années 90, début des années 2000, Eddy grandit dans un village de Picardie et décrit un milieu social pour le moins défavorisé : alcool, violence familiale, violence scolaire, chômage, pauvreté, racisme, homophobie, misère sociale… Dans un monde extrêmement dur, Eddy ne trouve pas sa place, il est différent. Efféminé, chétif, Eddy comprend vite qu'il est homosexuel, tare absolue s'il en est dans un milieu qui abhorre la différence.

 

En chapitres courts et mélangeant sa parole avec les phrases terribles de son entourage, Edouard Louis (il a réussi à changer son nom, dans une volonté de "tuer" celui qu'il était) décrit sa famille, les voisins, les garçons qui le tabassent quotidiennement au collège, les humiliations, les souffrances… La force de ce récit, c'est l'absence de haine, de sentiment de vengeance. Edouard Louis décrit (souvent froidement) ce qu'il a vécu, le milieu dans lequel il a grandi. En filigrane, il évoque une misère dont on parle peu, celle de la classe ouvrière, ravagée par la pauvreté, humiliée, délaissée, sombrant dans l'alcoolisme et la violence contre les "pédés", les "bougnoules", les "bourges". Après la résignation, les efforts pour se comporter "comme un homme", ce qu'on attend de lui, l'auteur, élève brillant, raconte comment il a décidé de fuir ce milieu, d'échapper à un destin tout tracé et, par les études et sa volonté, de tourner la page de cette violence. A 15 ans, il part en internat au lycée d'Amiens. Puis ce sera Paris et l'ENS. Il n'échappe pas toujours aux jugements portés par ceux qui ne viennent pas du même milieu mais il finira par trouver sa place.

 

Selon Edouard Louis, son livre est "une invitation à devenir ce qu'on est". Son récit est dépourvu de haine et empreint d'un "fatalisme russe". D'aucuns verront de la rancœur mais on peut aussi y trouver une certaine clémence envers ceux qui furent cause de son malheur. Le portrait sans concession de sa mère fait froid dans le dos mais, au final, le livre est une déclaration de paix, voire -presque- d'amour à celle qui lui a donné la vie. En finir avec Eddy Bellegueule est un témoignage fort et le premier geste d'une plume à suivre.

 

 

...HB...

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog