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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Le prolifique Hong Sangsoo délivre une nouvelle "variation sur le même t'aime" avec Haewon et les hommes, son nouveau film. Amours déçues, soju et cinéma sont toujours au programme.

 

 

Affiche-Haewon-et-les-hommes.jpg


 

Haewon, une jeune et belle étudiante, veut mettre fin à la liaison qu’elle entretient avec son professeur Seongjun. Se sentant déprimée par le départ de sa mère qui part s’installer au Canada, elle le contacte à nouveau. Ce jour-là, ils rencontrent des étudiants dans un restaurant et leur relation est révélée. Haewon est de plus en plus perturbée et Seongjun émet l’idée qu’ils partent ailleurs tous les deux…

 

 

 

 


 

Depuis des années, Hong Sangsoo propose des variations autour de thèmes chers : les filles, l'amour, le soju (un alcool sud-coréen que le réalisateur apprécie beaucoup) et le cinéma. Le cinéaste aime filmer Séoul comme Woody Allen aime filmer New-York, et cette année, la balade s'étend sur les hauteurs de la ville, au fort de Namhan. Le cinéaste choisit d'abord un lieu pour tourner un film et s'inspire de celui-ci, de sa météo te de ses interprètes pour écrire son scénario au jour le jour. Ici, il met en scène une belle jeune femme, aspirante comédienne, incarnée par Jeong Eun-chae, qui voit sa mère partir pour s'installer à Canada et n'arrive pas à se dépêtrer d'une relation chaotique avec son professeur de cinéma.

 

Hong Sangsoo aime revisiter des motifs et des figures de ses précédents films. Il emploie son acteur fétiche Yoo Jun-sang, maître-nageur de In another country (lire l'article du 15 octobre 2012) et prof de cinéma de The day he arrives (lire l'article du 21 mai 2012), dans un rôle secondaire identique à celui de Ha Ha Ha. Mais on retrouve surtout les mêmes dispositifs : le face à face cadrés de profil, évitant le champ / contrechamp, les scènes de beuverie de soju dans des cafés littéraires, les méandres de relation difficiles entre prof de cinéma et étudiants. Le principe de répétition est primordial dans le cinéma de Hong Sangsoo, qui fait revivre les mêmes scènes dans les mêmes lieux aux personnages, mais avec toujours une variation (les promenades dans différents parcs, l'arrêt devant une librairie, le passage devant un motel qui rappelle des souvenirs…). Cette répétition insuffle une infinie part de subtilité à son cinéma, et l'idée que la vie n'est qu'une série d'événements voués à se répéter inlassablement, avec des nuances à chaque fois. La mère dit d'ailleurs que "la vie, c'est la mort" puisque chaque jour nous rapproche un peu plus du dernier instant. Haewon et les hommes se montre plus sombre que ses prédécesseurs, comme si le cinéaste incluait cette fois de manière plus présente la tragédie intrinsèque à la vie.

 

Reprenant le dispositif du journal intime illustré en flashbacks, Haewon et les hommes montre une jeune femme qui s'endort régulièrement, et il est bien difficile de savoir ce qui est réel et e qui relève des rêves de l'héroïne. Dans la séquence d'ouverture, elle rencontre Jane Birkin, dans son propre rôle, et indique une direction à la mère de son idole, Charlotte Gainsbourg. La star franco-britannique lui fait alors remarquer qu'elle a une petite ressemblance avec sa fille et l'échange s'arrête sur un échange de coordonnées. Plus tard, on découvrira la 7ème Symphonie de Beethoven revisitée en musique d'ascenseur et qui devient la rengaine du film, bande-son de ses amours déçues avec le réalisateur et prof de cinéma. Rêve-t-elle alors qu'un inconnu, coréen professeur aux USA, lui propose de l'épouser, en lui disant ce qu'elle veut entendre, ou cette scène est-elle réelle ? Hong Sangsoo ne donne pas la réponse, préférant conclure sur des points de suspension. En tout cas, le réalisateur séduit toujours autant par la précision de son dispositif, visant l'épure et la quasi-absence d'effets de style, hormis les récurrents panoramiques et les zooms hors du temps. Dans ce qui commence à ressembler à une œuvre, Haewon et les hommes se place parmi les plus belles réussites de Hong Sangsoo.

 

 

...HB...

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