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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Edgar Reitz achève (peut-être) l'œuvre d'une vie avec un prologue à sa fresque sur l'histoire allemande, Heimat. Deux films qui se situent au cœur du XIXème siècle, en pleine crise. Somptueux et très actuel.

 

Affiche-Heimat.jpg

 

1842-1845, L’histoire de la famille Simon. Johann le père forgeron, Margret la mère, Lena la fille ainée, Gustav et Jakob les fils, Jettchen et Florinchen leurs futures épouses. Les coups du destin risquent de détruire cette famille mais c’est une histoire de courage et de foi en l’avenir.
Des dizaines de milliers d’Allemands, accablés par les famines, la pauvreté et l’arbitraire des gouvernants, émigrent en Amérique du Sud. "Un sort meilleur que la mort, ça peut se trouver partout". Jakob Simon le cadet, lit tous les livres qu’il peut se procurer, il étudie les langues des Indiens d’Amazonie. Il rêve d’un monde meilleur, d’aventure, de dépaysement et de liberté. Il décide d’émigrer. Le retour de son frère Gustav du service militaire dans l’armée prussienne déclenche une série d’évènements qui met à rude épreuve l’amour de Jakob et bouleverse son existence.

 

 

 

 

 


Edgar Reitz est un cinéaste assez méconnu en France. Du haut de ses 81 ans, il connaît sa première vraie grande sortie dans les salles obscures françaises. Réalisateur depuis les années 50, il fonde en 1963, avec Alexander Kluge, l'institut du cinéma à Ulm. Au début des années 80, il se consacre au grand projet de sa vie, Heimat. En 1984, il enregistre des records d'audience à la télévision allemande avec la première partie de ce qui sera une trilogie. Entre 1984 et 2004, ce sont plus de cinquante heures de film qui sont diffusées, racontant l'histoire de l'Allemagne de 1919 à 2000. Après ce film "monstre" sur le vingtième siècle, Edgar Reitz a choisi de réaliser un prologue, à la base de ce que sera le futur de son pays. Chronique d'un rêve et L'exode sont les deux parties de ce nouveau film, situé entre 1842 et 1845, en Rhénanie, trente ans avant l'unification de l'Allemagne.

 

La famille Simon vit dans un village pauvre de la Rhénanie. Le père, forgeron et maréchal-ferrant, et sa femme, aux champs, travaillent tant bien que mal pour échapper à la famine qui s'abat sur la région. Une grande partie de la population choisit d'émigrer en Amérique (du Nord, puis du Sud), rêvant d'une vie meilleure. En effet, le Brésil offre des terrains aux étrangers pour se peupler et se développer. Le cadet, Jakob, ne veut pas travailler comme sa famille, il sait lire plusieurs langues, dévorent des livres en cachette et se passionne pour les langues amérindiennes. Edgar Reitz apporte une minutieuse à tous les personnages, leur laisse une chance d'exister à tous. La mise en scène classique et précise rappelle autant l'âge d'or hollywoodien que les premiers pas du cinéma russe ou de l'expressionisme allemand. Certaines séquences entre Jakob et la fille qu'il aime, Jettchen, évoquent L'aurore de Murnau. Le noir et blanc est somptueux, relevé dans quelques plans par des touches de couleurs (les fleurs, un Louis d'or, un fer à cheval chauffé, des nuances de vert… la langue amérindienne disposant d'une vingtaine de termes pour définir cette couleur).

 

"Heimat" est un mot allemand intraduisible qui, selon le cinéaste, désigne "l'endroit d'où l'on vient, la terre natale" mais il ajoute que "le terme est chargé de sens additionnels et émotionnels : le pays où l'on se sent chez soi mais qu'on a dû quitter… c'est alors lié à une certaine nostalgie. Heimat est féminin, lié à la mère, il se distingue de 'Vaterland', la patrie, qui renvoie, lui, davantage à une entité étatique". Edgar Reitz fait preuve d'une subtilité extrême dans son approche, jamais racoleuse ou superficiellement scénarisée. "Le cinéma est pour moi une « école du regard ». (...) Avec mes films je veux apprendre à mieux comprendre la vie réelle. Ce qui compte le plus, pour moi, c’est l’observation exacte, la connaissance des hommes et de leurs comportements" explique-t-il. Sur deux films et quatre heures, le cinéaste donne à voir la vie de ce village et les obstacles rencontrés dans la quête d'une vie meilleure. On ne peut s'empêcher de faire un parallèle avec la crise que traverse actuellement l'Europe et Edgar Reitz parvient à rester totalement dans l'histoire passée tout en nous parlant de notre quotidien. Devant l'ampleur du projet, nul ne sait si Heimat connaîtra d'autres "épisodes", mais on ne peut que l'espérer.

 

 

...HB...

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