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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Pawel Pawlikowski tourne sa première fiction dans sa Pologne natale, Ida. Autour de la vocation d'une jeune nonne, le cinéaste remonte le temps pour évoquer l'histoire douloureuse de son pays durant l'occupation nazie. Un film sublime et une belle réflexion sur la foi… en l'homme.

 

 

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Dans la Pologne des années 60, avant de prononcer ses vœux, Anna, jeune orpheline élevée au couvent, part à la rencontre de sa tante, seul membre de sa famille encore en vie. Elle découvre alors un sombre secret de famille datant de l'occupation nazie.

 

 

 

 


 

Pawel Pawlikowski a fait ses premières armes dans le documentaire avant de passer à la fiction. C'est My summer of love, en 2005, qui le fera connaître du grand public. Ce très beau film aura un petit succès en Europe, et notamment en France, avec plus de 130 000 entrées. Après quelques années d'absence, il tourne à Paris et en français La femme du Vème (lire l'article du 19 novembre 2011), adapté de Douglas Kennedy. Avec Ida, pour la première fois de sa carrière, il signe un film tourné en Pologne et en polonais. Dans les années 1960, le pays est toujours sous influence communiste et un épais silence couvre les horreurs commises pendant la Seconde Guerre Mondiale.

 

Pawel Pawlikowski nous plonge dès les premières minutes dans la rigueur d'un couvent où Anna doit prononcer ses vœux quelques jours plus tard. Avant cela, la jeune femme doit rencontrer sa tante Wanda, son unique famille, et va découvrir les sombres secrets du passé. Wanda était Procureur de la République après la guerre et a mené d'une main de fer des procès staliniens, faisant exécuter des opposants politiques. Devenue alcoolique, elle n'est que l'ombre d'elle-même et va révéler à Anna qu'elle s'appelle en réalité Ida et que ses parents étaient juifs, dénoncés et tués par des voisins, comme cela se pratiquait pendant l'occupation nazie, pour récupérer des terrains. Les deux femmes vont partir à la recherche du passé, entre découverte de ses origines pour l'une et tentative de rédemption pour l'autre. Nous sommes en 1962. Pendant son enfance, le cinéaste a pu observer la place spéciale de la religion catholique, "socle de l'identité nationale polonaise" face à l'oppression communiste. Il souligne que cette situation a "déformé la foi chrétienne chez les Polonais, en lui donnant un aspect tribal et exclusif, en oubliant ce qui est transcendantal et universel dans le christianisme."

 

Le réalisateur a choisi le noir et blanc (somptueux) et un format carré dans lequel il enferme ses personnages, souvent au bord du cadre dans des plans fixes magistralement composés. Il raconte la Pologne de son enfance, faite de secrets, de culpabilité et d'amnésie volontaire. On pense au cinéma de Bela Tarr et de Tarkovski, mais dans une mise en scène resserrée (le film ne dure que 1h20). Le choix de l'interprète principale est essentiel : Agata Trzebuchowska n'est  pas actrice et n'ambitionne pas de le devenir pour l'instant. Elle offre son mélange de sérieux et de grâce juvénile à la caméra du cinéaste. Entre lucidité historique, athéisme militant et ferveur catholique, le film séduit dans sa totalité grâce à une approche poétique et subtile. Le devoir de mémoire s'accompagne d'une transfiguration des souffrances de la Seconde Guerre Mondiale, de son absurdité et de la médiocrité des hommes. Ida va mettre sa foi à l'épreuve et sa tante va l'enjoindre à goûter aux plaisirs "terrestres" afin que ses vœux représentent un réel sacrifice. Dans la dernière partie du film, Ida plonge donc dans l'univers jazzy d'un saxophoniste qui lui confesse "Tu ne te rends pas compte de l'effet que tu produis." Enfin, dans une ultime séquence, désormais caméra à l'épaule, comme libérée des carcans, Ida avance. Elle a déjà choisi sa voie, loin du cynisme et de la parade humaine. Pawel Pawlikowski signe non seulement son plus beau film, mais une œuvre majeure que l'on n'est pas près d'oublier.

 

 

...HB...

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