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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Anthony Chen a obtenu la Caméra d'or à Cannes avec son premier film Ilo Ilo, chronique douce-amère d'une famille dans la tourmente au cœur d'une crise économique. Passionnant et terriblement actuel.

 

 

Affiche-Ilo-Ilo.jpg


 

A Singapour, Jiale, jeune garçon turbulent vit avec ses parents. Les rapports familiaux sont tendus et la mère, dépassée par son fils, décide d’embaucher Teresa, une jeune Philippine. Teresa est vite confrontée à l’indomptable Jiale, et la crise financière asiatique de 1997 commence à sévir dans toute la région…

 

 

 

 


 

Anthony Chen a séduit la Quinzaine des Réalisateurs au dernier festival de Cannes, au point de recevoir la Caméra d'or des mains d'Agnès Varda. Pour ce premier long-métrage, le réalisateur singapourien a puisé, en partie, dans son histoire personnelle. Il avait lui-même, dans les années 90, une nounou philippine, originaire de la province d'Ilo Ilo. Ce n'est donc pas pour rien si le film se déroule en 1997-1998, en plein cœur d'une crise économique qui a beaucoup affecté l'Asie. On retrouve les motifs et accessoires typiques de l'époque : tamagotchi, téléphone fixe (et oui, pas encore de portables mais des pagers), walkman, VHS…

 

Ilo Ilo tient sa force dans la fluidité de sa mise en scène et de son récit, et dans l'authenticité épatante des interprètes, notamment le jeune Koh Jia Ler qui n'avait jamais tourné et Angeli Bayani qui incarne la nounou. Enfant turbulent, Jiale est surtout un gamin en recherche éperdue d'attention et d'affection, en prise avec des parents surchargés de travail et accaparés par leur désir de réussite sociale. La mère de Jiale tyrannise son foyer (y compris son mari, qui n'ose pas avouer qu'il a perdu son emploi) et affiche un mépris des autres typique d'une nouvelle classe moyenne qui renie ses origines modestes et se comporte avec une grande muflerie. Le réalisateur n'oublie pas une dose nécessaire d'humour (la mère mangeant des pilons de poulet en regardant les poussins de son fils est une scène d'anthologie).

 

Avec subtilité, Anthony Chen nous parle de la misère affective, peut-être aussi difficile à vivre que la misère sociale. Le jeune garçon multiplie les bagarres et les insolences à l'école, subit les brimades de sa mère et ne sait pas montrer son affection à celle qui va devenir sa meilleure alliée. Il commence par l'humilier et la maltraiter (mais connaît-il une autre forme de communication ?) avant de s'attacher à des détails émouvants comme une mélodie surannée sur un walkman ou l'odeur "bizarre" de ses cheveux. D'une chronique sociale, le film se déporte vers une belle histoire d'amitié entre une nounou éloignée de force de sa famille pour gagner de l'argent et un jeune garçon avide de chaleur humaine. Ilo Ilo n'est pas nécessairement un grand film mais diffuse une mélancolie teintée d'humour qui reste dans le cœur. Un réalisateur à suivre.

 

 

...HB...

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