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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

Grand Prix au Festival de Cannes 2013, Inside Llewyn Davis est déjà le seizième long-métrage des frères Coen. Evocation d'un chanteur de folk imaginaire, un perdant comme ils les aiment, dans le New-York des années 60, le film est un enchantement de subtilité, d'humour et de mélancolie.

 

Affiche Inside Llewyn Davis

 

Inside Llewyn Davis raconte une semaine de la vie d'un jeune chanteur de folk dans l'univers musical de Greenwich Village en 1961. Llewyn Davis est à la croisée des chemins. Alors qu'un hiver rigoureux sévit sur New York, le jeune homme, sa guitare à la main, lutte pour gagner sa vie comme musicien et affronte des obstacles qui semblent insurmontables, à commencer par ceux qu'il se crée lui-même. Il ne survit que grâce à l'aide que lui apportent des amis ou des inconnus, en acceptant n'importe quel petit boulot. Des cafés du Village à un club désert de Chicago, ses mésaventures le conduisent jusqu'à une audition pour le géant de la musique Bud Grossman, avant de retourner là d'où il vient.

 

 

 

 


 

Ethan et Joel Coen sont certainement parmi les auteurs contemporains les plus récompensés à Cannes : une Palme d'or (Barton Fink), trois Prix de la mise en scène (Barton Fink, Fargo et The Barber) et un Grand Prix (Inside Llewyn Davis). Après un excellent western moderne (True Grit, lire l'article du 6 mars 2011) et un film noir déjanté (No country for old men), les frères Coen reviennent avec un film plus intime, intensément porté par un casting éblouissant et une mise en scène sublime, éclairée par Bruno Delbonnel (chef op historique de Jeunet) en l'absence de leur directeur de la photo attitré, le mythique Roger Deakins, occupé sur les aventures de James Bond dans Skyfall.

 

Le film s'ouvre sur une séquence chantée in extenso, et ce sera le cas de toutes les chansons (la BO est indispensable). Oscar Isaac, révélation du film au prénom peut-être prémonitoire, joue de la guitare et chante en direct en un talent indéniable. C'est un classique traditionnel de la folk (Hang me, oh hang me) que chante Llewyn Davis dans un bar de Greenwich Village, un quartier populaire de New-York en 1961. Ce chanteur imaginaire s'inspire de Dave Van Ronk, qui fit une carrière discrète avec des allers-retours dans la marine marchande et enregistra en 1964 Inside Dave Van Ronk, titre et pochette que les frères Coen revisitent ici. Ce n'est pas nouveau, les deux cinéastes aiment les losers (revoir leurs comédies O Brother, Intolérable cruauté ou Burn after reading aussi bien que leur chef-d'œuvre The Barber, l'homme qui n'était pas là). Llewyn Davis, attachant et agaçant, rate absolument tout ce qu'il entreprend, dans son métier comme dans sa vie privée. Llewyn Davis est aussi défaitiste qu'idéaliste, comme tous les mélancoliques. Alors que les ennuis s'accumulent, qu'il poursuit en vain un chat nommé Ulysse dans les rues glacées de l'hiver new-yorkais, le chanteur va entamer sa propre "Odyssée".

 

Les frères Coen comptent certainement parmi les meilleurs metteurs en scène actuels, capables de filmer un perdant chronique comme un héros, comme si Llewyn Davis avait eu la carrière de Bob Dylan (auquel une allusion malicieuse est faite, laissant l'ombre du héros planer sur notre anti-héros). Inside Llewyn Davis est une odyssée construite sur une boucle, travaillant, comme toujours chez les frères, les motifs du cinéma moderne et l'opacité d'un anti-héros revenant sans cesse au point de départ comme un cercle infernal. Par son refus radical des concessions, il passe constamment à côté de sa vie, notamment lorsque, ironie du sort, il accepte, contre un salaire légèrement plus élevé, de ne pas figurer au crédit d'une chanson qui sera un tube et une rente en terme de droits d'auteur. Llewyn Davis ne tire pas de leçon de ses échecs et les frères Coen refusent obstinément la facilité de la seconde chance et de la fin heureuse. Autour du personnage principal, des figures rôdent : une ex-copine (Carey Mulligan) casée avec un musicien plus complaisant (Justin Timberlake), un jazzman obèse, à moitié infirme et camé (John Goodman, figure saisissante et monstrueuse) et son chauffeur aussi beau qu'inquiétant (Garrett Hedlund, fumant clope sur clope sans décrocher un mot) ou un producteur cynique (F. Murray Abraham). Dans la lumière crépusculaire de Bruno Delbonnel, les frères Coen font le portrait d'un homme qui ne cesse de manquer le train de l'Histoire et rejoint le rang des perdants magnifiques. Un des films les plus réussis de Joel et Ethan Coen.

 

 

...HB...

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