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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Riad Sattouf signe une comédie déjantée avec son deuxième film, Jacky au royaume des filles. Vincent Lacoste est au cœur de ce délire à la fois hilarant et finement subversif. Une réussite.

 

 

Affiche-Jacky-au-royauyme-des-filles.jpg


 

En république démocratique et populaire de Bubunne, les femmes ont le pouvoir, commandent et font la guerre, et les hommes portent le voile et s’occupent de leur foyer. Parmi eux, Jacky, un garçon de vingt ans, a le même fantasme inaccessible que tous les célibataires de son pays : épouser la Colonelle, fille de la dictatrice, et avoir plein de petites filles avec elle. Mais quand la Générale décide enfin d’organiser un grand bal pour trouver un mari à sa fille, les choses empirent pour Jacky : maltraité par sa belle-famille, il voit son rêve peu à peu lui échapper...

 

 

 

 


 

En 2009, le bédéiste Riad Sattouf faisait sensation à Cannes avec son premier long-métrage, Les beaux gosses (lire l'article du 27 mai 2009), plutôt réussi bien qu'inégal. Pour son deuxième film, le réalisateur a choisi d'évoquer le patriarcat dans sa "propre version de Cendrillon". Il retrouve Vincent Lacoste, qu'il a révélé dans son précédent film dont le casting principal revient dans des rôles secondaires (Anthony Sonigo, Noémie Lvovsky) ou des participations amusantes (Emmanuelle Devos, Valeria Golino, Nicolas Maury…). En outre, de nouveaux venus complètement le casting le plus étonnant de ce début d'année : Charlotte Gainsbourg, Anémone, Didier Bourdon, Valérie Bonneton, Michel Hazanavicius, Laure Marsac…

 

Riad Sattouf a grandi en Syrie dans les années 80 "dans un village paysan sunnite où la famille de [s]on père vivait de la même manière qu’au XVIIe, XVIIIe, XIXe siècle, avec quelques heures d’électricité par jour en plus." Le jeune homme est entouré de femmes voilées et avec moins de droits que les hommes, dans le plus pur patriarcat. Le point de départ du film est assez brillant, un pur exercice de style relativement casse-gueule. Avec Les beaux gosses, Riad Sattouf avait déjà un concept fort mais qui s'épuisait en cours de route. Ici, il parvient à maintenir l'intérêt pendant 1h30 grâce à des dialogues très drôles, une grande habileté scénaristique et de véritables trouvailles, notamment visuelles, ce qui n'est pas étonnant pour un dessinateur de bande dessinée. Le cinéaste a choisi d'attribuer un vocabulaire propre à la "République Populaire et Démocratique de Bubunne" comme il l'explique : "Les mots importants et autoritaires sont féminisés dans le monde de Bubunne. Par exemple «Blasphème» devient «Blasphèmerie», et les mots dégradants et ridicules son masculinisés : «Culotte» devient «Culotin»… Il était important d’illustrer la domination sexuelle par le langage."

 

On savoure chaque minute de ce spectacle qui mêle comédie burlesque, satire sociale et humour potache régressif. Charlotte Gainsbourg et Vincent Lacoste forment un duo aussi improbable que réussi et on se réjouit de retrouver Anémone dans ce rôle de "dictatrice" tyrannique. Riad Sattouf réussit à faire rire tout en proposant une réflexion pas si simpliste qu'on pouvait l'imaginer. Les dernières vingt minutes offrent de vrais retournements et le film reste surprenant jusque dans sa dernière séquence. Un film sacrément bubunne…

 

 

...HB...

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