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Creusant un sillon de l'exigence et de la poésie depuis plus de trente ans, Kate Bush livre un nouvel album somptueux, 50 words for snow, confortant la chanteuse anglaise comme une étoile unique dans la galaxie pop.
Encouragée par David Gilmour, Kate Bush publie son premier 45 tours à l'âge de 20 ans, en 1978, et c'est un tube mondial : Wuthering Heights. Elle publie cinq albums jusqu'en 1985 et compte de nombreux succès dont les plus célèbres restent Running up that hill, Babooshka et Cloudbusting. Le monde entier succombe en 1986 à son duo Don't give up avec Peter Gabriel pour l'album chef-d'œuvre So de ce dernier. Après The sensual world (1989) et The red shoes (1993), la chanteuse se retire de la scène pour se consacrer à l'éducation de son fils. Elle reste une influence majeure pour de nombreux artistes, à commencer par Björk. Elle rompt ce silence en 2005 avec Aerial, un double album qui porte bien son nom et digne de son auteur. Le silence se fait de nouveau jusqu'au printemps 2011 où paraît Director's Cut, une sélection de titres des disques The sensual world et The red shoes que Kate Bush a décidé de remonter, retravailler, parfois réenregistrer. Après cet exercice intéressant mais pas révolutionnaire, elle annonce un nouvel album qui sort cette semaine.
"I was born in a cloud" chante-t-elle sur le superbe morceau d'ouverture Snowflake. Toute la poésie est intacte. C'est vrai, Kate Bush est d'ailleurs. 50 words for snow est une variation sur la neige et l'hiver en sept titres déployés entre 7 et 13 minutes chacun. N'ayant que faire de la promotion de sa musique, Kate Bush brise les codes de la pop pour proposer un album-concept excitant qui navigue entre rock alternatif, pop électronique, jazz et musique de chambre. La voix est plus grave (elle a 53 ans) mais la grâce est toujours là. Les notes de piano se déposent comme la neige au sol d'hiver et les arrangements sonnent à la fois classiques et d'une incroyable modernité. Sur Snowed in at Wheeler Street, elle invite Elton John, que l'on n'avait pas entendu assez sobre depuis des siècles. Lake Tahoe se fait plus mystique alors que 50 words for snow énumère (avec Stephen Fry) cinquante expressions liées à la neige comme l'indique le titre de l'opus sur fond d'une musique mêlant pop typiquement "bushienne" et une sorte de jazz tribal. Le single Wild man (qui a quelque chose de Pink Floyd) est aussi le morceau le plus accessible, mais il est difficile de prendre une chanson séparée de son ensemble tant le projet est cohérent. Misty, véritable morceau de bravoure de plus de 13 minutes, développe un texte d'une rare poésie, sur une nuit d'amour avec un bonhomme de neige fondu au matin et ne laissant que l'eau dans les draps comme souvenir de l'étreinte. Un premier sommet que l'on retrouve dans l'apothéose finale sur Among angels qui porte bien son nom tant son écoute transporte par la pureté de son piano et la beauté de ses mots. "Aren't we all the same ? In and out of doubt. I can see angels standing around you" chante-t-elle avant de conclure "There's someone who's loved you forever but you don't know it".
Avec 50 words for snow, Kate Bush livre son meilleur album depuis Hounds of love (1985). Parfaitement produit et délicat d'un bout à l'autre, cet album est l'un des plus précieux de l'année.
...HB...
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