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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Jean-Pierre Jeunet revient avec son nouveau film, L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, un conte en 3D. Une mise en scène remarquable pour un film drôle et émouvant qui traite de la culpabilité, du deuil et de la quête de sa place dans une famille.

 

 

Affiche-TS-Spivet.jpg


 

T.S. Spivet, vit dans un ranch isolé du Montana avec ses parents, sa sœur Gracie et son frère Layton. Petit garçon surdoué et passionné de science, il a inventé la machine à mouvement perpétuel, ce qui lui vaut de recevoir le très prestigieux prix Baird du Musée Smithsonian de Washington. Sans rien dire à sa famille, il part, seul, chercher sa récompense et traverse les Etats-Unis sur un train de marchandises. Mais personne là-bas n’imagine que l’heureux lauréat n’a que dix ans et qu'il porte un bien lourd secret…

 

 

 

 


 

Jean-Pierre Jeunet a toujours tourné autour de l'univers du conte, du fantastique et de l'enfance. Après une trilogie en or (Delicatessen, La cité des enfants perdus, Le fabuleux destin d'Amélie Poulain) entrecoupée d'une commande pour les USA (Alien, la résurrection), le réalisateur français avait proposé un mélo plus classique (Un long dimanche de fiançailles) et une comédie complètement ratée (Micmacs à tire-larigot). Pour son septième long-métrage, il a décidé d'adapter le premier roman éponyme de Reif Larsen, publié en 2009, coécrit avec le fidèle Guillaume Laurant. Ne voulant pas réitérer sa mauvaise expérience américaine sur Alien 4, il a décidé de monter la production du film en France et de trouver des financements avec le Canada pour tourner en Amérique du Nord. L'équipe technique est d'ailleurs majoritairement française et composée de fidèles, mis à part son chef op historique Bruno Delbonnel, qui tenait à rentrer en France après deux films aux USA (Dark Shadows de Burton et Inside Llewyn Lewis des frères Coen). Il a donc fait appel à Thomas Hardmeier, pourtant chef op de films français assez mineurs, et, pour la 3D, du talentueux stéréographe Demetri Portelli, à l'œuvre sur le multi-récompensé Hugo Cabret de Scorsese.

 

Comme beaucoup d'européens filmant l'Amérique, Jeunet offre une vision rêvée, le fantasme d'une Amérique qui n'existe guère plus, entre imagerie des années 60-70 et grands espaces bien réels. C'est le premier atout charme du film : sa déclaration d'amour au territoire américain, entre les Rocheuses et les buildings. Profitant de ces décors somptueux (en réalité filmés au Canada), le cinéaste utilise très intelligemment la 3D, avec une profondeur de champ inouïe, mais aussi des effets "surgissant" ludiques et parfaitement intégrés (notamment les inventions qui germent dans la tête du petit génie de dix ans). La mise en scène fluide de Jeunet retrouve l'éclat et l'inventivité qu'on croyait perdue depuis une décennie. A hauteur d'enfant, la caméra offre des plongées et contre-plongées dramatiques qui épousent idéalement la technique 3D que Jeunet semble avoir totalement comprise. Côté casting, le jeune Kyle Catlett est bluffant, soutenu par des talents confirmés (Helena Bonham Carter, parfaite, Judy Davis et l'éternel complice Dominique Pinon dans une apparition mémorable).

 

Le scénario est redoutablement bien ficelé, ne mettant pas toujours l'accent sur l'intelligence exceptionnelle du jeune héros (ce qui serait agaçant) mais plutôt sur sa façon d'appréhender le monde qui l'entoure. Le film, sous forme de conte, raconte la culpabilité et le deuil impossible d'un frère jumeau disparu tragiquement. Le drame est d'autant plus palpable que ce fils défunt était le préféré du père, car manuel, cow-boy et bagarreur, alors que T.S. est plutôt cérébral, rêveur et sensible. Le thème latent de cette épopée dans les grands espaces américains est comment se construire quand on n'est pas l'enfant que ses parents souhaitaient… Un drame intime dont on ne guérit pas et que Jeunet ne cherche pas à évacuer, en troquant un happy ending contre une fin plus judicieuse, plus mélancolique et surtout plus réaliste. Une séquence remarquable, sans paroles, évoque le burlesque de Buster Keaton et rappelle que Jeunet est, avant tout, un homme d'images. Poursuivi par un policier, le jeune T.S. va tenter de lui échapper en se fondant à une publicité à taille humaine présentant la famille modèle américaine (à l'opposé de celle du garçon, donc) et sous le slogan "A true taste of American freedom" ("la vraie saveur de la liberté américaine"). Cette scène parfaite résume l'habileté du film et la force visuelle de sa mise en scène. C'est simple, Jeunet signe son plus beau film depuis La cité des enfants perdus.

 

 

...HB...

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