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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Acclamé par la critique cannoise, L'inconnu du lac est le quatrième long-métrage d'Alain Guiraudie. Un drame amoureux autour d'un lac en forme de thriller énigmatique et sensuel. Prix de la mise en scène dans la sélection Un Certain Regard.

 

 

Affiche-L-inconnu-du-lac.jpg

 

 

L'été. Un lieu de drague pour hommes, caché au bord d'un lac. Franck tombe amoureux de Michel. Un homme beau, puissant et mortellement dangereux. Franck le sait, mais il veut vivre cette passion.

 

 

 

 

 

 

Après le succès d'estime de son précédent film, Le roi de l'évasion, Alain Guiraudie passe un nouveau cap grâce à L'inconnu du lac : "Il était peut-être temps pour moi d'en venir aux choses sérieuses, de représenter les choses de l'amour. Pas l'amour pour rigoler (…) mais l'amour passion. Je voulais m'y confronter réellement (…) en faisant se côtoyer, au sein de mêmes séquences, à la fois l'émotion amoureuse et l'obscénité du sexe." Lors de l'écriture du film, Alain Guiraudie a repensé à la phrase de Georges Bataille "L'érotisme est l'approbation de la vie jusque dans la mort".

 

Le film commence avec un plan fixe sur un parking au bord d'un bois, plan qui reviendra régulièrement, avec un balai de voitures, pour marquer le passage des jours notamment. Le lac, le bois, le parking, Alain Guiraudie laisse tout le reste hors champ, comme pour isoler ses personnages dans un décor unique, comme au théâtre. Pas question de les voir ailleurs, de leur créer une vie autre que celle qu'ils mènent dans ce lieu de drague. Le film prend dès le départ une dimension symbolique, les trois personnages principaux étant comme les trois facettes d'un même visage d'un homme. Franck (excellent Pierre Deladonchamps) est la dragueur insouciance en quête d'amour stable, Michel (vénéneux Christophe Paou, avec un regard toxique et une moustache entre Tom Selleck et Freddie Mercury) est le chasseur, le prédateur qui consomme ses proies et les fait disparaître quand il en a marre, et Henri (Patrick d'Assumçao) est revenu du sexe et de la passion, il n'aspire qu'à l'amitié (en attendant la mort ?). Franck a vu Michel noyer son ancien amant avant de devenir lui-même son nouvel amant dès le lendemain. L'un cache ce qu'il sait tandis que l'autre découvre ce que le premier a découvert. Franck est totalement fasciné par le dangereux Michel et, comme un instinct de mort, il s'offre à lui, corps et âme. Sans porter de jugement, Alain Guiraudie filme leurs pratiques bareback (sans préservatif) comme un défi à la mort.

 

La force de L'inconnu du lac tient en partie de ses choix de mise en scène. Guiraudie compose son cadre, n'hésite pas à prendre son temps, choisit l'abstraction des paysages comme ressort de montage et travaille la lumière changeante du lac, jusqu'à finir dans la nuit. Les corps nus, pas forcément dans les canons esthétiques, comme toujours chez Guiraudie, se côtoient sans gêne, sans que cela ne pose problème. Au milieu, un flic enquête habillé (en costume qui plus est), tout droit sorti d'un film de Chabrol. Henri, lui, reste à l'écart, ne se baigne pas, ne drague pas, mais c'est lui qui est le meilleur observateur, celui qui voit et comprend tout. Malgré le drame du noyé, le lac restera un lieu de drague, avec ses novices et ses habitués. Alain Guiraudie offre un instantané de quelques jours dans cet Eden gay qui pourrait bien être la métaphore d'une société (pas forcément la communauté homosexuelle) de plus en plus individualiste et hédoniste, dans la consommation rapide plutôt que dans les vraies relations. Franck apparaît alors comme le Candide de Voltaire, comme le prototype de l'Homme d'aujourd'hui.

 

 

...HB...

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