Partager l'article ! "L'oiseau", un film de Yves Caumon: Yves Caumon est un cinéaste peu prolixe. Avec L'oiseau, il livre son troisième film en dou ...
Yves Caumon est un cinéaste peu prolixe. Avec L'oiseau, il livre son troisième film en douze ans. Porté d'un bout à l'autre avec délicatesse par Sandrine Kiberlain, ce nouveau filme le quotidien d'une femme qui s'est coupée du monde.
Anne n’a pas d’amis, pas d’enfants, pas d’amants. Elle fait semblant de vivre. Un jour, un oiseau entre dans son appartement…
Yves Caumon est un ancien de la FEMIS. Après avoir été assistant chez Agnès Varda ou Eric Barbier, il réalise
quelques courts-métrages et présente son premier long, Amour d'enfance, à Cannes où il reçoit le Prix Un Certain Regard en 2001. Sans abandonner le format du court-métrage, il propose un
second long, Cache-cache en 2005. L'oiseau est un film sensible et pudique sur la douleur d'une femme après un terrible drame familial.
Après un générique somptueux sur un plan d'eau, les premières séquences du film ne comportent aucun dialogue. Yves
Caumon nous présente Anne (Sandrine Kiberlain, extraordinaire de subtilité) dans ses activités quotidiennes : prendre le tramway, ramasser le courrier, peler des carottes, prendre une douche… Le
réalisateur se concentre sur les sons. A cet égard, l'ingénieur du son Dominique Lacour a fait un travail remarquable. Grâce à ses sons seuls, ses ambiances, le spectateur perçoit ce que perçoit
Anne, sa façon d'appréhender le monde extérieur. Des craquements dans l'appartement, le téléphone qu'elle laisse sonner, la pluie qui tombe, les légumes que l'on découpe… A son travail, dans un
restaurant d'entreprise, c'est la même chose. Anne est d'abord présentée par son environnement sonore. Elle semble avoir choisi de se couper du monde, elle mange seule lors de sa pause-déjeuner
et pleure dans une salle de cinéma devant La vie d'O'Haru - Femme galante du cinéaste japonais Kenji Mizoguchi. Pourtant, elle séduit. Un homme rencontré au cinéma (Serge Riaboukine), un
collègue cuisinier un peu insistant (Clément Sibony) et des regards dans la rue.
Au milieu du film, on comprend l'origine de sa douleur, de sa solitude, de son retrait du monde. Un drame familial
sur lequel Yves Caumon ne tarde pas et avec lequel il n'essaie pas de faire de l'émotion facile. On ne saura pas grand-chose de plus, si ce n'est l'essentiel, la perte d'un enfant et un couple
qui a explosé. Son ex-mari (Bruno Todeschini) a reconstruit sa vie, elle non. Pas encore. Ce n'est pas le drame originel qui intéresse Caumon mais ses répercussions intimes. Jusqu'au jour où un
oiseau fait irruption dans son appartement. Symbole de vie et de liberté, l'oiseau virevolte dans son intérieur reclus. Ici, l'oiseau est aussi symbole de renaissance, d'un intérêt pour la vie
qui revient, d'un animal par essence figure de transition qui va lui permettre de faire un travail sur son deuil.
Dans un Bordeaux lumineux que Caumon filme avec grâce, Anne renaît de ses cendres et le cinéaste laisse entrevoir
l'horizon de la vie comme elle va.
...HB...
Commentaires