Partager l'article ! "La délicatesse", un film de David et Stéphane Foenkinos: David Foenkinos a choisi d'adapter lui-même son roman La délic ...
David Foenkinos a choisi d'adapter lui-même son roman La délicatesse avec l'aide de son frère Stéphane. Si le livre était une belle surprise il y a deux ans, le film, porté par le tandem inédit Audrey Tautou - François Damiens, reste balourd et manque singulièrement de vie. Restent la musique somptueuse d'Emilie Simon et quelques bonnes idées.
Nathalie a tout pour être heureuse. Elle est jeune, belle, et file le parfait amour. La mort accidentelle de son mari va couper son élan. Pendant des années, elle va s'investir dans son travail, se sentir en parenthèse de sa vie sensuelle. Mais subitement, sans qu'elle comprenne vraiment pourquoi, elle embrasse un de ses collègues. Markus, un homme très atypique. S'ensuit alors la valse sentimentale de ce couple hautement improbable qui va susciter interrogation et agressivité au sein de l'entreprise. Choisit-on vraiment par quel moyen on renaît à la vie ? Nathalie et Markus vont finir par fuir pour vivre leur histoire et leur émerveillement à l'abri de tout. Cette histoire de renaissance est aussi celle de l'étrangeté amoureuse.
La délicatesse est un excellent roman de David Foenkinos, gros succès de librairie à l'automne 2009. A l'époque, j'avais d'ailleurs écrit ici-même que cela "ferait un excellent film... à condition d'en respecter l'esprit" (lire l'article du 3 septembre 2009). Si l'esprit est respecté, c'est un réalisateur et une vision de cinéma qui manquent à cette entreprise. Audrey Tautou et François Damiens en tête d'affiche et Mélanie Bernier et Joséphine de Meaux dans les seconds rôles réussissent à sauver la mise mais on reste parfois dans un ennui poli. Toutefois, comme dans son roman, Foenkinos a de bonnes idées, des petites trouvailles de style (le raccord dit "poignée de porte" ou la libération par la danse de Nathalie dans une scène sublime de discothèque).
Le plus gros problème du film est certainement son manque de rythme. Dès les premières séquences, on comprend que rien n'y fera, le film sera dans cette succession de lenteurs et d'accélérations mal dosées. Les frères Foenkinos ont pris le parti de couleurs pastels du meilleur goût mais ont visiblement oublié de soigner la mise en scène et le cadre. Preuve que l'on ne s'improvise pas cinéaste et que le projet aurait gagné à être adapté par son auteur mais réalisé par quelqu'un de plus aguerri. Le fond du sujet -pourtant très riche- ne semble jamais vraiment intéresser les réalisateurs alors même que le roman montrait plus de finesse. Par crainte du mélodrame, les émotions sont systématiquement sabordées par l'humour (souvent convenu) ou l'action qui se poursuit (le travers principal qui le rapproche du téléfilm).
La délicatesse n'est pas un ratage à proprement parler mais ne dépasse jamais vraiment le stade de l'exercice pure forme, comme si l'auteur avait eu si peur que l'on trahisse son bouquin qu'il a préféré concrétiser son adaptation au plus vite... Audrey Tautou y est pourtant convaincante comme elle ne l'a pas été depuis longtemps (sublime plan final, "auprès de son arbre"...) et François Damiens dévoile une certaine sensibilité ("Je pourrais partir en vacances dans vos cheveux" est LA réplique du film). A voir pour la musique et les chansons merveilleuses d'Emilie Simon qui voit un vrai parallèle thématique avec son Franky Knight brillamment utilisé (lire l'article du 11 décembre 2011).
...HB...
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