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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Chef-d'œuvre boudé à sa sortie, La fille de Ryan de David Lean est de retour sur les écrans. Grande fresque historique et romantique, le film bouleverse toujours autant.

 

 

Affiche-La-fille-de-Ryan.jpg


 

Irlande. 1916. Rosy Ryan épouse le maître d'école du village, de quinze ans son aîné. Déçue par cette union, elle tombe amoureuse du major anglais venu prendre le commandement de la garnison voisine...

 

 

 

 


 

David Lean est un cinéaste anglais majeur de l'après-guerre. Grand Prix du Festival de Cannes avec Les grandes espérances en 1945, il explose à l'international avec Le pont de la rivière Kwai en 1957 puis le triomphe de Lawrence d'Arabie en 1962 et Le Docteur Jivago en 1965. Après ces succès, son scénariste Robert Bolt lui propose une adaptation de Madame Bovary de Flaubert dont l'histoire serait déplacée en Irlande pendant l'insurrection de Pâques. Le tournage de La fille de Ryan dure près d'un an et s'avère un cauchemar pour l'équipe, entre imprévus climatiques et tensions internes. L'accueil critique sera désastreux à sa sortie en 1970 et le public ne suivra pas. Le film empochera tout de même deux Oscars (meilleure photographie et meilleur acteur dans un second rôle pour John Mills) mais David Lean ne tournera plus pendant près de 15 ans.

 

La fille de Ryan est une grande fresque mélodramatique qui mêle (comme dans Le Docteur Jivago) la petite histoire et la grande. Au bord des falaises d'Irlande, Rosy Ryan s'ennuie à périr dans son petit village. Le prêtre protecteur déplore que les jeunes soient devenus oisifs et "cruels par plaisir" notamment avec Michael (John Mills, parfait et émouvant), une sorte d'idiot du village naïf qui est la cible de toutes les humiliations. "L'oisiveté est mère de tous les vices" clame-t-il. Fille du patron du pub, Rosy passe ses journées à se balader sur la plage en rêvant d'autres horizons. Elle se jette dans les bras de l'instituteur du village, Charles Shaughnessy (Robert Mitchum, émouvant en veuf sans libido), qui pourrait être son père. Tiraillée par le désir, elle va vite déchanter après le mariage et une nuit de noces au cours de laquelle son mari s'affranchit du devoir conjugal sans passion. En jumelle d'Emma Bovary, son ennui face à un mari gentil mais terne et entièrement pris par ses petites manies va la pousser dans les bras d'un inconnu, un jeune officier anglais fraîchement débarqué dans le village.

 

David Lean filme avec ampleur et pudeur cette romance étonnante tant les amants n'ont rien à se dire en fin de compte. Rosy ignore ce qui l'attire autant chez ce jeune homme taciturne avec qui elle fait l'amour tous les après-midis sous couvert de promenades à cheval. La jeune femme adultère ne peut lutter contre la pulsion qui la pousse dans les bras du major Doryan, peut-être parce qu'elle a une sensation qu'elle ne connaissait pas : le goût de l'aventure, l'impression de vivre pleinement. Le cinéaste filme une nature synchrone avec cette passion amoureuse, avec les mouvements intérieurs de Rosy. Mais dans un contexte politique de lutte entre Irlandais et Anglais, coucher avec l'ennemi a un prix que "la fille de Ryan" va payer au prix fort. David Lean filme un mélodrame bouleversant et qui prend le temps d'installer son univers (3h15). On se demande si un tel film pourrait encore voir le jour à notre époque. La fille de Ryan est un chef-d'œuvre à voir et revoir.

 

 

...HB...

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