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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Paolo Sorrentino présente son nouveau film à Cannes, en compétition. La grande bellezza est une fresque fellinienne sur la société italienne et plus largement sur l'ennui de soi, l'impossible jeunesse éternelle et la vanité des mondains. Son meilleur film, et une déclaration d'amour au cinéma.

 

 

Affiche La grande bellezza


 

Rome dans la splendeur de l’été. Les touristes se pressent sur le Janicule : un Japonais s’effondre foudroyé par tant de beauté. Jep Gambardella – un bel homme au charme irrésistible malgré les premiers signes de la vieillesse – jouit des mondanités de la ville. Il est de toutes les soirées et de toutes les fêtes, son esprit fait merveille et sa compagnie recherchée. Journaliste à succès, séducteur impénitent, il a écrit dans sa jeunesse un roman qui lui a valu un prix littéraire et une réputation d’écrivain frustré : il cache son désarroi derrière une attitude cynique et désabusée qui l’amène à poser sur le monde un regard d’une amère lucidité. Sur la terrasse de son appartement romain qui domine le Colisée, il donne des fêtes où se met à nu "l’appareil humain" – c’est le titre de son roman – et se joue la comédie du néant. Revenu de tout, Jep rêve parfois de se remettre à écrire, traversé par les souvenirs d’un amour de jeunesse auquel il se raccroche, mais y parviendra-t-il ? Surmontera-t-il son profond dégoût de lui-même et des autres dans une ville dont l’aveuglante beauté a quelque chose de paralysant…

 

 

 

 


 

Prix du jury cannois en 2008 avec Il Divo, Paolo Sorrentino s'était offert une parenthèse américaine en 2011 avec le touchant mais inégal This must be the place avec Sean Penn (lire l'article du 29 août 2011). Le réalisateur retrouve l'Italie et son acteur fétiche Toni Servillo pour une fresque romaine qui évoque Fellini et Woody Allen. La grande bellezza souffre peut-être de quelques longueurs mais Sorrentino a indéniablement passé un cap dans la maîtrise de sa mise en scène et dans l'écriture scénaristique.

 

Le film démarre sur une citation, l'ouverture de Voyage au bout de la nuit de Céline : "Voyager, c'est bien utile, ça fait travailler l'imagination. Tout le reste n'est que déceptions et fatigues. Notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force. Il va de la vie à la mort. Hommes, bêtes, villes et choses, tout est imaginé. C'est un roman, rien qu'une histoire fictive. Littré le dit, qui ne se trompe jamais. Et puis d'abord tout le monde peut en faire autant. Il suffit de fermer les yeux. C'est de l'autre côté de la vie." Tour est déjà là, dans ce court texte, de l'intention de Paolo Sorrentino ; raconter une histoire, avec ses errements fantasmés, ses mensonges, ses vérités, ses doutes, ses peurs, mais surtout tout inventer.

 

D'un touriste japonais tombant raide mort devant la beauté des monuments romains à une fête d'anniversaire qui ressemble plus à une orgie mondaine, le réalisateur installe le spectateur dans l'étrangeté dès les premières séquences, avec une steadycam sans cesse en mouvements coupés dans un montage volontairement chaotique. Le film tourne autour de Jep (excellent Toni Servillo), écrivain d'un seul roman dans sa jeunesse et depuis journaliste mondain qui veut être le premier dans sa catégorie : "Je ne voulais pas seulement participer aux soirées, je voulais avoir le pouvoir de les gâcher" ironise-t-il. Mais ce personnage pathétique est bien conscient de sa vanité, pour son propre malheur. Il cultive un dégoût de lui-même et des gens qu'il fréquente à longueur de vernissages prétentieux et de soirées snob, tous les jours. Quand le mari d'une défunte amoureuse de jeunesse lui avoue qu'avec sa nouvelle compagne, ils regardent la télé et vont se coucher tous les soirs de la semaine, le journaliste s'exclame "Vous êtes des gens bien !"

 

Sorrentino chronique une société en pleine décadence mais avec tendresse et une grande place accordée à l'imaginaire. On croise dans cette Rome fantasmée une girafe, un détenteur des clefs des plus beaux monuments romains, une strip-teaseuse mélancolique, une actrice française ("Madame Ardant") croisée dans la rue et qui souhaite "bonne nuit" (référence directe à Fellini dans Roma)… Même si le film est parfois un peu long et un peu pompeux, Paolo Sorrentino réussit à soulever des émotions subtiles et à pointer les lâchetés (universelles) de l'humain, comme dans cette scène de règlement de compte avec une "amie" devant tous les invités. Ce n'est pas pour rien si le personnage de Jep cite Flaubert et si son unique roman s'intitulait L'appareil humain, Sorrentino propose une "comédie humaine" (ou un bestiaire) à la fois drôle, touchante et cruelle.

 

 

...HB...

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