Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Palme d'or 2013, La vie d'Adèle est sûrement le film français le plus attendu de l'année. Abdellatif Kechiche livre un film passionné et fiévreux, un chef-d'œuvre sur l'amour, le désir, la culture et la permanence des barrières sociales.

 

 

Affiche-La-vie-d-Adele.jpg


 

A 15 ans, Adèle ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve...

 

 

 

 


 

Abdellatif Kechiche est un cinéaste majeur, on le sait depuis quelques années déjà. Après les succès de La faute à Voltaire, L'esquive, La graine et le mulet (lire l'article du 7 mars 2008) et l'échec de Vénus noire (lire l'article du 15 novembre 2010), le réalisateur s'est lancé dans l'adaptation libre du roman graphique Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh. Depuis longtemps, il voulait montrer le parcours d'une jeune institutrice : "un personnage de femme qui voulait transmettre, et qui accomplissait son travail avec passion" ajoute-t-il.

 

La première grande nouvelle est que l'homosexualité, tant commentée depuis Cannes, est ici enfin banalisée. En effet, Adèle et Emma vivent une histoire d'amour, mais ce n'est pas du tout le sujet du film et Kechiche aurait pu filmer un couple hétérosexuel de la même manière. "Ca parle d'une histoire d'amour, ce n'est pas important que ce soit deux femmes, et on l'oublie" souligne Adèle Exarchopoulos avec justesse. La jeune actrice est la révélation éclatante de ce film et peut déjà faire une place chez elle pour le César qu'elle va obtenir en février prochain.

 

Dès les premières séquences, Marivaux, "héros" de L'esquive, est présent par sa Vie de Marianne qui plane sur l'héroïne comme un écho au titre du film. Adèle est une lycéenne brillante qui adore la lecture et forme le rêve de transmettre le savoir à son tour en devenant institutrice à son tour, parce que l'école lui a ouvert l'esprit et appris des choses que ses parents ne lui auraient pas offertes. Le plaidoyer de Kechiche pour l'école publique n'est pas nouveau et c'est un motif transversal dans son œuvre. La culture et l'éducation tiennent une place primordiale dans ce film d'apprentissage qui suit, par ellipses, Adèle de ses 17 ans à ses 25 ans environ. D'ailleurs, Kechiche confesse volontiers avoir pensé à Antoine Doisnel, le héros de Truffaut que l'on retrouve à différentes étapes de sa vie dans plusieurs films.

 

Le cinéaste fait encore une fois preuve d'une maîtrise incroyable de sa caméra et de son sujet. Dès les premiers plans, on est sur le visage et le corps d'Adèle, pour ne plus la quitter pendant trois heures : la bouche (les scènes de repas sont importantes pour le réalisateur), les seins, le corps entier de l'actrice est offert à la caméra toujours à la limite de l'obscène mais gardant le respect même dans les scènes les plus crues.

 

La rencontre entre Adèle et Emma (Léa Seydoux, épatante comme jamais) se fait d'abord sur un passage piéton, un regard longuement échangé. Puis la passion. La première relation sexuelle est longue et fiévreuse, à l'inverse du premier rapport avec un garçon, sans passion. Les deux corps s'offrent et se consument de désir. Mais les barrières sociales vont rester un obstacle à cet amour, au fil des années. Dès la rencontre avec les parents, on comprend qu'il y a un fossé dur à franchir. Les huitres face aux spaghettis à la bolognaise. Un certain mépris pour la vocation d'institutrice (on peut trouver mieux à faire, plus intéressant, en substance) et un décalage dans l'instruction culturelle. Adèle ne connaît pas la peinture (sauf Picasso) et Emma est aux Beaux-Arts ("parce qu'il y a des arts moches ?" note son amie justement). Kechiche égratigne encore une fois la bourgeoisie et la vanité du monde de l'art. Les amis d'Emma, sans le savoir, vont manifester un mépris humiliant envers Adèle, réduite à servir les plats qu'elle a préparés et ne trouvant une écoute que de la part d'un apprenti comédien tout aussi extérieur au monde des Beaux-Arts. Sans cynisme, mais avec le goût âpre de la réalité, Kechiche filme l'impossibilité pour deux mondes de se rapprocher.

 

Le premier mot qui a surgi à l'apparition du générique de fin est "déjà ??" tant les trois heures s'écoulent en un souffle grâce au talent du cinéaste et de ses interprètes. La vie d'Adèle est un chef-d'œuvre majeur, certainement le plus beau film de l'année.

 

 

...HB...

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog