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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Emmanuelle Devos est à l'affiche de La vie domestique, le troisième long-métrage d'Isabelle Czajka. Un film brillant qui sonde à merveille l'ennui et l'angoisse du vide de quatre femmes au foyer, au bord de la rupture.

 

 

Affiche-La-vie-domestique.jpg


 

Juliette n’était pas sûre de vouloir venir habiter dans cette banlieue résidentielle de la région parisienne. Les femmes ici ont toutes la quarantaine, des enfants à élever, des maisons à entretenir et des maris qui rentrent tard le soir. Elle est maintenant certaine de ne pas vouloir devenir comme elles. Aujourd’hui, Juliette attend une réponse pour un poste important dans une maison d’édition. Un poste qui forcément changerait sa vie de tous les jours.

 

 

 

 


 

Isabelle Czajka explique dans sa note d'intention que "ce n’est pas la vie amoureuse, ce n’est pas la vie conjugale, ce n’est pas la vie familiale, c’est la vie domestique, c’est-à-dire comment justement les femmes finalement endossent de façon insidieuse, sournoise, sans qu’on les y oblige forcément, toutes ces petites choses du quotidien, ces choses qui sont à faire. Les femmes deviennent alors leur propre bourreau." Le film est l'adaptation du roman de Rachel Cusk, Arlington Park. La réalisatrice installe ses personnages dans une banlieue résidentielle de Seine-et-Marne qui ressemble à s'y méprendre à celle qu'occupent les Desperate Housewives.

 

Dans un atelier de littérature qu'anime Juliette (Emmanuelle Devos, parfaite de nuances) dans un lycée professionnel, Isabelle Czajka fait lire à son héroïne un extrait de La Promenade du Phare de Virginia Woolf qu'elle souhaitait, dans un premier temps, adapter. La partition musicale d'Eric Neveux rappelle d'ailleurs celle de Philip Glass pour The Hours de Stephen Daldry, chef-d'œuvre autour de Virginia Woolf et Mrs. Dalloway. D'ailleurs, comme dans le classique de la littérature, l'intrigue du film se déroule en vingt-quatre heures… de la vie d'une femme aurait ajouté Zweig.

 

D'un dîner où l'on parle des femmes et des immigrés comme d'un fardeau à un autre, entre voisins, où l'on s'ennuie "comme dans un réunion de copropriétaires", Isabelle Czajka filme quatre femmes apparemment toutes installées dans le confort étouffant de la classe moyenne. Mais Betty (Julie Ferrier, excellente et étonnante de sobriété) cache -mal- son mal-être en apportant un soin maladif à la tenue de son intérieur (une tache sur le canapé l'affecte visiblement plus que la mort de sa grand-mère). Marianne (Natacha Régnier), enceinte de son troisième, au contraire, semble avoir renoncé et sombre doucement mais sûrement dans une certaine léthargie. Quant à Inès (Héléna Noguerra), l'heure du goûter puis du bain lui noue l'estomac. Juliette navigue entre ces femmes d'origines différentes mais réunies dans une prison dorée qu'elles ont pourtant choisie. Dans une scène d'anthologie, la mère de Juliette (Marie-Christine Barrault, épatante dans son unique scène) dévoile à quel point cette "vie domestique" l'a éloignée de ses rêves, attendant toujours une étape suivante avant de conclure "maintenant, il n'y a plus d'étape suivante."

 

Isabelle Cazjka réussit un mélange habile d'humour (on rit souvent) et de sombre mélancolie, de vertige du vide que ressentent ces femmes. Les dialogues sont souvent cruels, envers les hommes mais aussi les femmes, mais relèvent plus de l'inquiétude sociétale que du cynisme. Dans une séquence finale troublante, on laisse Juliette aux prises avec ses doutes. Elle n'appartient pas vraiment à cette vie, mais nul ne sait si elle prendra la décision de tout plaquer. Immobile dans sa cuisine, pièce maîtresse du film, elle sonde le vide sous ses pieds. C'est ce vertige insidieux, mais que peu de femmes osent peut-être s'avouer, que la réalisatrice filme avec une justesse sidérante et une retenue pudique.

 

 

...HB...

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