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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Julie Lopes Curval aime filmer de parcours de femme. Avec Le beau monde, elle met en scène le roman d'apprentissage d'une jeune fille interprétée par Ana Girardot. Un joli film, sensible et juste.

 

 

Affiche-Le-beau-monde.jpg

 


Alice, 20 ans, vit à Bayeux. Elle travaille la laine, crée des teintures, confectionne des vêtements. Elle ne sait que faire de ce talent inné, jusqu'à ce qu'elle rencontre Agnès, une riche parisienne, qui l'aide à intégrer une prestigieuse école d'arts appliqués. Alice laisse tout derrière elle pour aller vivre à Paris. Elle y rencontre Antoine, le fils d'Agnès. Entre eux nait une passion amoureuse. Antoine trouve chez Alice une sincérité et une naïveté qui l'extraient d'un milieu bourgeois qu'il rejette. Alice, grâce à Antoine, découvre de l'intérieur un monde qui la fascine, « le beau monde ». Il lui offre sa culture, elle se donne à lui toute entière. Au risque de se perdre...

 

 

 

 


 

Julie Lopes Curval signe déjà son cinquième film avec Le beau monde. Tourné à Bayeux, où la réalisatrice a grandi, ce nouveau film met en scène une histoire d'amour et aussi l'apprentissage d'une jeune fille confrontée à une différence de classes sociales. Sans en faire un discours politique, Julie Lopes Curval voulait " lier les milieux plutôt que les opposer, je voulais qu’ils se rencontrent, qu’il y ait un échange (…) Je voulais raconter comment deux personnes se construisent ensemble en se prenant des choses l’une à l’autre." Alice (Ana Girardot, toute en délicatesse) rêve de quitter sa Normandie pour monter à la capitale et entrer dans une grande école de mode où elle découvrira l'art de la broderie. Sur son chemin, elle laissera son petit ami (Baptiste Lecaplain, dans un registre étonnant) pour un autre (Bastien Bouillon, prometteur), le fils d'une grande bourgeoise qui va l'aider à réaliser son rêve.

 

Le film ne se contente pas de montrer une histoire d'amour impossible entre deux jeunes âmes venues de milieux différents (c'est vieux comme Roméo et Juliette), mais il se positionne d'un point de vue culturel. La culture est l'enjeu du conflit entre Alice et "le beau monde" qui la fascine et dont elle souhaite faire partie. SI la culture considérée comme la plus importante est celle de la classe dominante, le film illustre parfaitement cette théorie bourdieusienne. Dans les barres HLM où Alice a grandi, la culture est vue comme un moyen de dominer, un rapport de pouvoir. La jeune fille va se confronter à un monde (en premier lieu la mère de son amoureux, interprétée par Aurélia Petit) qui ne la prend jamais au sérieux, au mieux comme une honnête "petite main". On pense au récent Pas son genre de Lucas Belvaux (lire l'article du 3 mai 2014) pour le rapport amoureux. Le jeune homme va tomber fou amoureux de la "fraîcheur" d'une jeune fille simple et naïve avant de se lasser quand elle s'attachera trop. Il rêve de grands idéaux, s'adonne à la photo pour sortir (pense-t-il) de son milieu bourgeois tandis qu'elle se fait discrète et voit la broderie comme le moyen d'apporter une touche de poésie dans un univers fait de superficialité. Le film est sous-tendu par la tristesse d'un certain constat d'immuabilité. Antoine trouve que le HLM d'Alice est "beau"… mais on comprend que c'est l'idée du HLM, si populaire, si loin des conventions bourgeoises dans lesquelles il a grandi, qu'il aime, sans se rendre compte de ce que cela peut avoir de méprisant ou blessant.

 

Le film souffre parfois de dialogues un peu trop littéraires mais cela va dans le sens de son aspect suranné, mélancolique et de ses personnages qui sont presque des symboles. La photo de Céline Bozon est somptueuse et la musique discrète de Sébastien Schuller est la bienvenue. Le beau monde s'achève sur une chanson de Françoise Hardy (Même sous la pluie) choisie par Julie Lopes Curval pour sa correspondance parfaite avec l'état d'esprit d'Alice. Un beau film, dans la tradition du film d'auteur français élégant.

 

 

...HB...

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