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Lundi 2 janvier 2012 1 02 /01 /Jan /2012 15:06

 

A 54 ans, le cinéaste finlandais Aki Kaurismäki livre son second film tourné en France, Le Havre, fable politico-poétique et hommage nostalgique à la France. Lauréat du Prix Louis-Delluc 2011, il représentera aussi son pays à la prochaine cérémonie des Oscars.

 

 

Affiche-Le-Havre.jpg


 

Marcel Marx, ex-écrivain et bohème renommé, s’est exilé volontairement dans la ville portuaire du Havre où son métier honorable mais non rémunérateur de cireur de chaussures lui donne le sentiment d’être plus proche du peuple en le servant. Il a fait le deuil de son ambition littéraire et mène une vie satisfaisante dans le triangle constitué par le bistrot du coin, son travail et sa femme Arletty, quand le destin met brusquement sur son chemin un enfant immigré originaire d’Afrique noire. Quand au même moment, Arletty tombe gravement malade et doit s’aliter, Marcel doit à nouveau combattre le mur froid de l’indifférence humaine avec pour seules armes, son optimisme inné et la solidarité têtue des habitants de son quartier. Il affronte la mécanique aveugle d’un Etat de droit occidental, représenté par l’étau de la police qui se resserre de plus en plus sur le jeune garçon réfugié. Il est temps pour Marcel de cirer ses chaussures et de montrer les dents.

 

 

 

 


 

Depuis Les lumières du faubourg (2006), on était sans nouvelles d'Aki Akurismäki. En mai dernier, à Cannes, il a fait sensation avec Le Havre qui a séduire la critique internationale. En 2002, il avait remporté le Grand Prix du Jury pour L'homme sans passé. Cinéaste audacieux et inspiré, il a lui aussi réalisé un film muet en noir et blanc (Juha en 1999), mais bien loin des canons hollywoodiens, en un chef-d'œuvre atypique porté par ses acteurs fétiches André Wilms et Kati Outinen. Pour Le Havre, le réalisateur a fait appel à sa troupe habituelle en invitant aussi Jean-Pierre Darroussin pour la première fois et en demandant des apparitions spéciales, telles que celles (très Nouvelle Vague) de Jean-Pierre Léaud et Pierre Etaix. Aki Kaurismäki voulait faire un film sur la dégradation politique en Europe et la situation des immigrés. Il déclare que cela aurait pu se passer ailleurs, dans n'importe quel pays européen ; en repérage, le réalisateur a pris une voiture et a traversé l'Europe par la côté, de Gênes aux Pays-Bas avant de se décider pour la France et spécialement Le Havre qui offrait selon lui le décor parfait.

 

Dès les premiers plans, on reconnaît l'univers visuel du cinéaste : une lumière irréelle et un jeu où l'on "crie haut et fort ce que l'on pense". Deux cireurs de chaussures d'un autre temps regardent passer les éventuels clients devant la gare du Havre. Les passagers ont presque tous des baskets, des Converse ou autres chaussures n'étant pas en cuir, au grand désespoir de Marcel, écrivain à succès reconverti. Déjà, les références pleuvent : des hommes en imper façon Jean-Pierre Melville s'observent et l'un d'entre eux se fait cirer les pompes avant d'être abattu. Heureusement, il a payé. Sans broncher, Marcel choisit de décamper et de revenir le soir venu car "l'argent circule au crépuscule". André Wilms est (comme toujours) parfait, ancré dans le monde et totalement lunaire. En 1991, Kaurismäki le mettait déjà en scène en France en écrivain nommé Marcel Marx dans La vie de bohème. Il a quitté Paris pour devenir cireur de chaussures au Havre donc.

 

Avec Le Havre, Aki Kaurismäki rend hommage à la France qu'il aime, celle de la Nouvelle Vague (Jean-Pierre Léaud en délateur glaçant), du réalisme poétique (des cadrages et des lumières que seules les couleurs séparent de Renoir), du polar des années 70 (Melville, Verneuil, les accessoires et les voitures dont la fameuse Renault 16 de Darroussin) mais aussi celle de la culture d'avant-guerre avec les chansons réalistes de Damia ou le prénom de la femme (Arletty) incarnée par son égérie Kati Outinen (prix d'interprétation féminine en 2002 pour L'homme sans passé). S'entremêlent des musiques aussi variées que chanson des années 30, vieux blues (Blind Willie McTell, Statesboro Blues), la musique tzigane (alors que les Roms sont si mal traités, le classique, le rock de Little Bob (gloire locale qui apparaît himself dans le film) ou le rhythm and blues du générique par The Renegades.

 

Un peu comme dans Les neiges du Kilimandjaro de Robert Guédiguian (lire l'article du 24 novembre 2011), Kaurismäki montre une communauté de personnes qui se viennent en aide de manière incroyable et courageuse dans une société qui réprime de plus en plus la solidarité envers les opprimés. Parce qu'on semble attirer les bonnes étoiles en se conservant une éthique, tout parait possible ; la clémence d'un policier terrifiant à la base, la rémission d'une maladie incurable… Chez Kaurismäki, le miracle est quotidien.

 

 

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Par ...HB... - Publié dans : Cinéma
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