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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

A l'occasion de cinquantième anniversaire, Le joli mai de Chris Marker et Pierre Lhomme ressort en salles dans une version restaurée. Un documentaire mythique qui offre un essai sur Paris en mai 1962, en pleine mutation et à la sortie de la Guerre d'Algérie.

 

 

Affiche-Le-joli-mai.jpg


 

Paris, mai 1962. La guerre d'Algérie vient de s'achever avec les accords d'Evian. En ce premier mois de paix depuis sept ans, que font, à quoi pensent les Parisiens ? Chacun témoigne à sa manière de ses angoisses, ses bonheurs, ses espoirs. Peu à peu, se dessine un portrait pris sur le vif de la France à l'aube des années 60.

 

 

 

 


 

En mai 1962, les accords d'Evian viennent d'être signés et la France sort meurtrie de la Guerre d'Algérie, un sujet encore totalement tabou à l'époque et toujours épineux 50 ans plus tard. Chris Marker décide alors d'aller à la rencontre des Français pendant ce mois de mai, avec Pierre Lhomme, son chef opérateur qui sera crédité comme coréalisateur tant son implication fut grande. En 1963, le film obtient le Prix de la Critique Internationale au Festival de Cannes. 50 années plus tard, Le joli mai revient sur la Croisette dans la sélection Cannes Classics et fait son retour dans les salles de cinéma, pour le bonheur des cinéphiles car ce film était devenu introuvable.

 

Dans la note d'intention originale, Chris Marker indiquait : "Le joli mai sera un film à ricochets. Les auteurs ne seront que les lanceurs de questions, sur l'eau de Paris : on verra comment les cailloux retomberont et s'ils vont loin." Le joli mai est conçu comme un portrait de Paris, un instantané en ce mois de mai 1962. Chris Marker interroge des parisiens sur leur vie, sur l'actualité, sur des événements personnels et anecdotiques comme sur l'histoire en marche et les bouleversements d'une ville en pleine mutation sous le régime de De Gaulle. Deux ans auparavant, Jean Rouch et Edgar Morin livrait un film cousin, Chronique d'un été, dans lequel les deux hommes posaient cette question "Etes-vous heureux ?" et radiographiaient la France de l'époque. De la même manière, dans Le joli mai, on retrouve la gêne des intervenants quand il s'agit de la Guerre d'Algérie, sujet très clivant et sur lequel pèse encore le poids des non-dits et du tabou. Mais le film de Marker est assez différent dans sa construction, plus poétique et plus proche de l'essai que du pur documentaire sociologique.

 

Chris Marker et Pierre Lhomme laisse la parole aux parisiens et les poussent dans le retranchement de leurs opinions, parfois contradictoires et péremptoires, des témoignages parfois troublants par leur aspect très actuel, comme celui de l'ouvrier algérien face au racisme ou celui du vendeur de costumes qui assume son égoïsme et son amour de l'argent. Six ans avant le séisme de mai 68, les grèves font déjà parler d'elles et on entend un ouvrier déclarer que les choses ne changeront que le jour où tout le monde sera en grève. Le film explore aussi l'urbanisation de la capitale, des quartiers insalubres de "la Moufe" (Mouffetard) aux "grands ensembles" construits en périphérie et qui se présentent alors comme la pointe de la modernité. Jean Rouch, à la même époque, s'interroger sur le concept de "cinéma-vérité" et le critique Roger Tailleur utilisera d'ailleurs l'expression de "ciné, ma vérité" pour qualifier l'œuvre subjective de Marker. Si la première partie est plutôt sociétale et offre de bons moments d'humour, par l'ironie de la réalisation qui décadre vers des détails (une araignée sur le col d'un intervenant fort peu modeste) alors que le témoin continue de (s'écouter) parler. Marker voudrait que les Français aient une conscience politique plus forte et il regrette le désintérêt égoïste de la plupart des interviewés.

 

Le joli mai est soutenu par un texte "dit" par Yves Montand et une musique de Michel Legrand pour accompagner les plans de Paris qui émaillent les entretiens. Au cours de ce film de 2h15 (coupé de quelques dizaines de minutes par rapport au montage original), le spectateur redécouvre la France de sa jeunesse, de ses parents, de ses grands-parents. Marker sait habilement mêler des fulgurances presque burlesques (les plans répétés sur des chats, animal favori du cinéaste), un discours politique assez grave, une déclaration d'amour à Paris et la photographie d'un pays qui ignore encore à quel point la décennie sera riche de bouleversements sociaux, économiques, politiques et humains. Le joli mai est un classique que l'on redécouvre avec tendresse et -parfois- stupéfaction. Sa modernité et son audace en font un objet de cinéma inclassable et passionnant.

 

 

...HB...

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