Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes 2013, Les apaches est le premier film de Thierry de Peretti. Un drame radical inspiré d'un fait divers dans la Corse d'aujourd'hui, entre violence et question identitaire.

 

 

Affiche-Les-apaches.jpg


 

Corse / Extrême Sud / L’été. Pendant que des milliers de touristes envahissent les plages, les campings et les clubs, cinq adolescents de Porto-Vecchio trainent. Un soir, l'un d'eux conduit les quatre autres dans une luxueuse villa inoccupée. La bande y passe clandestinement la nuit. Avant de partir, ils volent quelques objets sans valeur et deux fusils de collection. Quand la propriétaire de la maison débarque de Paris, elle se plaint du cambriolage à un petit caïd local de sa connaissance.

 

 

 

 


 

Thierry de Peretti connaît bien la Corse puisqu'il y a grandi. Après un passage au cours Florent, il entame une carrière au théâtre, jouant notamment Shakespeare, Kafka, Sartre, Claudel ou Koltès, qu'il met en scène. Il obtient de petits rôles chez Bertrand Bonello ou Patrice Chéreau. Il passe à la réalisation avec deux courts-métrages, Le jour de ma mort (2005) et Sleepwalkers (2011). Avec Les apaches, coécrit avec Benjamin Baroche, il dresse un portrait sombre et violent de la Corse, pour en "saisir la réalité" autre que "la carte postale ou le repère d'assassins". L'occasion de montrer comment la Corse vit sa question identitaire. Les jeunes appellent les continentaux des "Gaulois" et ne se considèrent pas Français, mais seulement Corses. Entre haine des touristes et défiance envers les services de la République ("Les gendarmes ? Si t'as besoin de rien, tu les appelles !"), Thierry de Peretti donne à voir comment le désœuvrement d'adolescents va les faire basculer la spirale de la violence. Si le film commence un peu comme The Bling Ring de Sofia Coppola, les jeunes ne volent pas des vêtements de luxe mais des fusils qui vont les entraîner vers une situation qui les dépasse.

 

Parmi les nombreuses qualités du film, il y a l'intelligence du regard porté sur cette jeunesse sans repères. Les ados du film pourraient tout aussi bien agir de la sorte en banlieue parisienne, à Marseille, comme n'importe où en Europe ou aux Etats-Unis. Au-delà de la question identitaire, l'absence des adultes est flagrante, de même que le pessimisme de la jeune génération. Le réalisateur voulait interroger la question de la violence mais aussi de l'héritage : "De quoi hérite-t-on quand on naît dans tel ou tel endroit, avec telle ou telle histoire ?" Car le thème de l'immigration est inévitable, notamment les tensions entre les Corses "canal historique" et les nouveaux Corses, issus de l'immigration maghrébine. "La communauté marocaine est une de celles qui a le plus souffert en Corse, tant en raison des conditions de travail que les hommes trouvaient en débarquant sur l’île de la fin des années 60 au milieu des années 70, que par le sentiment de rejet dont elle a fait l’objet. Mais les Marocains ont contribué à construire la Corse telle qu’elle est aujourd’hui. Ils appartiennent légitimement à cette île et cette île leur appartient. Comme à tous ceux qui y vivent et y travaillent. Sa jeunesse est pour moi certainement un espoir" analyse Thierry de Peretti.

 

A la manière des frères Dardenne ou d'un cinéma social anglais, le réalisateur s'attache au naturalisme et fuit le romanesque pour coller à la réalité, avec des acteurs non professionnels exceptionnels pour la plupart. La mise en scène minimaliste et affutée est soutenue par un choix du format 4/3, un écran carré loin des grands angles que le titre aux allures de western promet et loin des clichés de carte postale. Avec une volonté de ne pas en faire trop (à peine 1h22), le film ne s'éparpille pas et frappe par la radicalité de son propos (notamment la scène finale, qui n'appelle aucune réconciliation sociale). Thierry de Peretti signe un film coup de poing, sous le sceau de la réalité la plus dérangeante.

 

 

...HB...

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog