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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Grand Prix à la Mostra de Venise 2013, le nouveau film de Tsia Ming-liang, Les chiens errants, donne à contempler une famille qui tente de survivre à la misère. Un film radical et à la beauté hypnotique.

 

 

Affiche-Les-chiens-errants.jpg


 

Un père et ses deux enfants vivent en marge de Taipei, entre les bois et les rivières de la banlieue et les rues pluvieuses de la capitale. Le jour, le père gagne chichement sa vie en faisant l’homme sandwich pour des appartements de luxe pendant que son fils et sa fille hantent les centres commerciaux à la recherche d’échantillons gratuits de nourriture. Un soir d'orage, il décide d'emmener ses enfants dans un voyage en barque.

 

 

 

 


 

Annoncé comme son dernier film (mais il semble que ce ne soit pas le cas), ce nouveau long-métrage de Tsia Ming-liang met en scène, comme toujours, son acteur fétiche, Lee Kang-sheng. Cette fois, dans son film le plus radical, le cinéaste le filme en père de famille qui gagne le minimum pour survivre en tenant des panneaux publicitaires sous la pluie et le vent, dans des carrefours pollués de Taipei. Cela lui permet d'acheter de quoi nourrir ses deux enfants avec qui il dort dans un squat. Le réalisateur nous plonge dans la misère absolue et choisit d'ignorer la chronologie ou l'hétérogénéité de l'action. Les plans-séquences fixes s'enchaînent comme des tableaux à la beauté inouïe.

 

Au cœur du film se trouve un lieu délabré, comme le vestige d'une habitation autrefois vivante et moderne. C'est dans ces lambeaux de béton, de pierres et de charbon que vit cette famille dont les enfants tuent le temps tous les jours en essayant de récupérer de la nourriture gratuite au supermarché où une femme, visiblement elle aussi dans un poste absurde puisqu'elle est là pour repérer des mauvaises odeurs dans les rayons frais, s'occupe parfois d'eux. Mais dans cette misère totale, Tsia Ming-liang respecte leur dignité en filmant leurs rituels comme des chorégraphies : lavage des pieds et des dents dans les toilettes publiques chaque soir, repas en famille avec ce qu'ils peuvent s'offrir, un semblant de lit avec une moustiquaire dans lequel on se couche en pyjama… Dans la longue durée des plans fixes (parfois plus de 10 minutes), on prend le temps de tout voir mais aussi de s'évader, de contempler l'ambiance sonore exceptionnelle.

 

La petite fille a choisi un chou comme doudou, un légume auquel elle donne l'apparence humaine, avec la complicité amusée de son grand frère. Dans une séquence d'une effroyable intensité, le père dévore le chou cru en pleurant, à côté des enfants endormis, comme le fantasme de tuer ses enfants, d'achever cette vie de misère. Sous une pluie battante, il les emmène dans une barque. On pense à une variation autour de La nuit du chasseur, mais avec un père protecteur. On pense aussi à l'univers cauchemardesque de David Lynch, à ses boucles sensorielles. La fresque murale restée debout dans le champ de ruine qu'est le squat devient objet de fascination, dans une esthétique du néant. L'orage a cessé, les chiens errants nourris par la femme ont laissé place au vide, et pendant plus de 15 minutes, le cinéaste filme fixement l'homme et la femme (sa femme ?), sans qu'ils ne se regardent, ivres et comme dans le vertige du néant auquel ils font face. Dans ce plan bouleversant, l'immense beauté du film est exprimée. Tsia Ming-liang offre un film radical, désespéré et contemplant toute la douleur du monde.

 

 

...HB...

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