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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Sous la direction artistique de Jean-Michel Frodon, 13 cinéastes ont réalisé chacun un court-métrage autour d'un thème unique : Sarajevo. Les films assemblés sous le titre Les ponts de Sarajevo révèlent un résultat intéressant mais inégal. Mention spéciale à Leonardo Di Costanzo, Marc Recha, Jean-Luc Godard et Ursula Meier.

 

 

Affiche-Les-ponts-de-Sarajevo.jpg


 

A travers le regard de 13 cinéastes européens, le film explore ce que Sarajevo représente dans l’histoire européenne depuis un siècle et de ce qu’elle incarne dans l’Europe d’aujourd’hui. De générations et d’origines diverses, ces auteurs marquants du cinéma contemporain proposent autant d’écritures et de regards singuliers.

 

 

 

 

 


Présenté en séance spéciale à Cannes 2014, Les ponts de Sarajevo est un projet mené dans le cadre de la commémoration du centenaire de la Première Guerre Mondiale, dont le point de départ fut l'assassinat de l'Archiduc François-Ferdinand le 28 juin 1914. La Mission du centenaire de la Première Guerre Mondiale, sous la direction artistique de l'historien du cinéma Jean-Michel Frodon, a choisi un angle cinéphilique plutôt que purement historique, par le choix de metteurs en scène exigeants et de formes radicales, proche de l'expérimentation ou  de l'essai filmé parfois.

 

Le format même du film à sketches appelle un résultat bancal et les treize courts-métrages sont parfois sans grand intérêt, comme la déception devant celui de Sergei Loznitza, ou celui de Teresa Villaverde, trop abscons. En revanche, certains méritent vraiment qu'on s'y arrête. A commencer par Jean-Luc Godard, familier de la ville bosniaque puisqu'il y a tourné Je vous salue Sarajevo en 1993 (dont on voit quelques extraits ici). Vingt ans plus tard, il reprend les choses où il les a laissées, avec un montage/collage mêlant voix off, archives et cartons de texte, dans une forme rappelant son récent Adieu au langage. Le segment Godard, nommé Le pont des soupirs, séduit encore une fois par sa liberté formelle et interroge (sans trancher) la place des photographes de guerre. Enfin, le maître cite, en voix off, Aragon : "Quand il faudra fermer le livre, ce sera sans regretter rien. J'ai vu tant de gens si mal vivre et tant de gens mourir si bien" (Le Crève-Cœur). C'est LE grand moment de ce film collectif.

 

Le documentariste italien Leonardo Di Constanzo offre un des meilleurs passages aussi avec son évocation des soldats italiens mourant au front et toute la détresse de ces hommes préférant parfois se suicider que d'être abattu dans une tranchée pour un pays alors à peine réunifié. Le catalan Marc Recha montre un jeune homme racontant le siège de Sarajevo à son jeune frère, alors nourrisson, et évoque Alain Resnais ("Tu n'as rien vu de Sarajevo"). Cristi Puiu (cinéaste roumain auteur connu pour La mort de Lazarescu en 2005) signe un plan-séquence terrifiant sur la survivance des préjugés et des rancœurs séculaires dans les pays des Balkans. Quant à Ursula Meier, elle offre une belle image de réconciliation entre une quadra qui a perdu sa famille à la guerre et un enfant qui cherche son ballon et ne connaît pas (encore) les haines intestines. Enfin, on trouve un joli segment d'Isild Le Besco (un orphelin émouvant explique qu'il ne fera pas la guerre "contre les juifs et les musulmans mais pour la paix") et un touchant film de l'italien Vincenzo Marra sur le reniement des origines. Malgré son aspect bringuebalant, Les ponts de Sarajevo méritent le détour.

 

 

...HB...

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