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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Présenté en compétition au 67ème Festival de Cannes, Maps to the stars, le nouveau film de David Cronenberg, est une violente charge contre le système hollywoodien. Julianne Moore est exceptionnelle dans le film le plus cinglant sur l'usine à rêves depuis Mulholland Drive.

 

 

Affiche-Maps-to-the-stars.jpg


 

A Hollywood, la ville des rêves, se télescopent les étoiles : Benjie, 13 ans et déjà star; son père, Sanford Weiss, auteur à succès et coach des célébrités; sa cliente, la belle Havana Segrand, qu’il aide  à se réaliser en tant que femme et actrice. La capitale du Cinéma promet aussi le bonheur sur pellicule et papier glacé à ceux qui tentent de rejoindre les étoiles. Agatha, une jeune fille devenue, à peine débarquée, l’assistante d’Havana et le séduisant chauffeur de limousine avec lequel elle se lie, Jerome Fontana, qui aspire à la célébrité. Mais alors, pourquoi dit-on qu’Hollywood est la ville des vices et des névroses, des incestes et des jalousies ? La ville des rêves fait revivre les fantômes et promet surtout le déchainement des pulsions et l’odeur du sang.

 

 

 

 


 

David Cronenberg est un habitué du Festival de Cannes, dont il a même été Président en 1999. Après être reparti bredouille avec le dérangeant Cosmopolis en 2012, le cinéaste canadien revient avec Maps to the stars, écrit par Bruce Wagner, le scénariste de la série Wild Palms en 1993. Ce nouveau long-métrage est dans la lignée esthétique de son prédécesseur. C'est le directeur photo attitré Peter Suschitzky qui a imaginé cette image glacée déjà percutante dans Cosmopolis. Avec Maps to the stars, Cronenberg poursuit ses thèmes de prédilection : la monstruosité, le corps mutilé, l'aliénation mentale et la violence. Dans ce jeu de massacre hollywoodien, on pense forcément à Mulholland Drive de David Lynch (lire l'article du 4 juin 2012), sauf que Cronenberg substitue le personnage de l'ingénue (Naomi Watts chez Lynch) à celle de la manipulatrice faussement naïve (Mia Wasikowska ici). Encore plus cynique donc. Hollywood est déjà pourri de l'intérieur, à l'image de l'affiche qui montre, sur la colline, le célèbre panneau ravagé par les flammes.

 

David Cronenberg ne fait pas les choses à moitié : narcissisme maladif, addictions diverses, relations sado-masochistes, cupidité et même inceste. A ce sujet, le cinéaste s'explique : "Le monde du cinéma est incestueux en ce qu’il est très limité (…) C’est un tout petit groupe de gens qui ne cessent de se rencontrer, dans les mêmes restaurants, les même quartiers, ou dans les festivals, par exemple. Tout le monde a les mêmes problèmes, les mêmes discussions, les mêmes centres d’intérêt. Et Hollywood est une communauté incroyablement petite. Donc l’inceste est dans le business, la sensibilité et la créativité. Les résultats tendent à confirmer la nature dangereuse de l’inceste telle qu’un généticien pourrait la définir : prenez les grands studios hollywoodiens, les films qu’ils produisent semblent être le fruit d’une union incestueuse." Cronenberg se fait encore plus dur que Lynch ou Robert Altman dans The Player (1992).

 

Julianne Moore, extraordinaire (Prix d'interprétation en vue ?), incarne une actrice vieillissante qui pense revenir au succès grâce au remake d'un film où elle reprendrait le rôle que sa défunte mère immortalisa dans sa jeunesse. Ecrasée par le statut d'icône de sa mère, elle est prête à tout pour ce rôle. La séquence dite de "l'accident" est à la fois grotesque, drôle et terrifiante. Avide et jalouse, elle se "tapera" (il n'y a pas d'autre mot) le petit ami de son assistante (Robert Pattison, très bon), non pas par attirance mais pour se prouver qu'elle peut toujours séduire et pour posséder ce qu'il ne lui appartient pas. Autour d'elle, on retrouve un gourou des stars (John Cusack), sa femme hystérique (Olivia Williams), leur fils star et sorti de désintox à 13 ans (stupéfiant Evan Bird) et même Carrie Fisher (la Princesse Leia de Star Wars) dans son propre rôle. En filigrane, le poème Liberté de Paul Eluard semble comme le point opposé, le remède (?) à la folie hollywoodienne, comme si "écrire son nom" était déjà le rêve d'un autre horizon. Il est probable que le jury récompensera, d'une manière ou d'une autre, ce très grand film.

 

 

...HB...

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