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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Ours d'or au Festival de Berlin 2013, Mère et fils, le nouveau film de Calin Peter Netzer, est un drame implacable dans la Roumaine d'aujourd'hui. A travers le portrait d'une mère, le cinéaste aborde l'épineux problème de la situation de son pays, après le communisme. Virtuose et poignant.

 

 

Affiche-Mere-et-fils.jpg


 

Cornelia, 60 ans, mène une vie privilégiée à Bucarest, entourée de ses amis riches et puissants. Pourtant, les relations tendues qu’elle entretient avec son fils la tourmentent. Celui-ci repousse autant qu’il peut la présence d’une mère possessive. Quand Cornelia apprend qu’il est impliqué dans un accident de voiture qui a coûté la vie à un enfant, elle va utiliser toute son influence pour le sortir de cette situation où il risque une sévère peine de prison.
Mais l’enfer du fils est pavé des bonnes intentions de sa mère. La frontière entre amour maternel et manipulation est mince...

 

 

 

 


 

Depuis une dizaine d'années, le cinéma roumain offre régulièrement des films remarquables, à commencer par Cristian Mungiu et sa Palme d'or 4 mois, 3 semaines, 2 jours (2007) et son double prix d'interprétation féminine et prix du scénario Au-delà des collines (lire l'article du 25 novembre 2012). Avec le scénariste Razvan Radulescu, qui a coécrit la Palme d'or de Mungiu, Calin Peter Netzer a imaginé l'histoire d'une mère possessive et manipulatrice capable de tout pour éviter la prison à son fils.

 

La première séquence est une discussion entre deux sœurs sur l'avenir de leurs enfants. Cornelia (Luminita Gheorghiu, immense actrice d'Europe de l'Est, sorte de mix entre Biyouna et Catherine Deneuve) se plaint auprès de sa sœur de la mauvaise attitude de son fils envers elle. On comprendra rapidement que cette mère ultra possessive intervient sans cesse dans la vie de son fils unique, contre la volonté de ce dernier. La relation mère/fils est ici le lieu de règlements de comptes et en même temps d'un amour presqu'incestueux (il faut voir comment elle le masse), en tout cas une relation "monstre". Cornelia représente une frange de la Roumaine actuelle, une génération qui a vécu longtemps sous le régime communiste et fait aujourd'hui partie de l'élite économique et sociale du pays. Quand son fils tue accidentellement un enfant sur la route, elle va faire jouer tous ses réseaux pour lui éviter la prison. Le cinéaste dépeint une Roumaine rongée par la corruption, jusqu'aux fonctionnaires pourtant présentés comme les plus incorruptibles. La terreur d'Etat a laissé place à cette confusion, entre libéralisme forcené et inégalités sociales.

 

La caméra de Calin Peter Netzer est typique de cette "Nouvelle Vague Roumaine" que l'on observe depuis le début des années 2000, et qui rappelle parfois le Dogme de Lars Von Trier : cadre à l'épaule, pas de musique extra-diégétique, terrain social et violence des rapports humains. La maîtrise du cinéaste impressionne, mais c'est dans la dernière partie du film, quand les choses semblent échapper à tout contrôle, y compris celui de la mère qui pense toujours tirer les ficelles, que Mère et fils se fait le plus fort. Cornelia ne se rend pas compte que le pouvoir qu'elle exerce sur son entourage est en train de l'étouffer elle-même. La séquence finale est chargée d'émotions et de toutes les contradictions d'un personnage à l'image de l'Europe de l'Est aujourd'hui, libre mais fragile. Calin Peter Netzer va au bout de toutes ses pistes (c'est appréciable), ne négligeant ni la lourdeur de l'aspect administratif, ni l'immensité de la culpabilité et des peurs partagées. On ressort de ce film éprouvé mais avec le sentiment qu'un cinéaste majeur a éclos.

 

 

...HB...

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