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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Cinéaste radical, Arnaud des Pallières signe son film le plus accessible avec Michael Kohlhaas, sélectionné à Cannes 2013. D'après l'œuvre de Kleist, le réalisateur livre un drame historique austère, actuel et impressionnant.

 

 

Affiche-Michael-Kohlhaas.jpg


 

Au XVIème siècle dans les Cévennes, le marchand de chevaux Michael Kohlhaas mène une vie familiale prospère et heureuse. Victime de l'injustice d'un seigneur, cet homme pieux et intègre lève une armée et met le pays à feu et à sang pour rétablir son droit.

 

 

 

 


 

Arnaud des Pallières a connu sa première sélection cannoise, plus dix ans après son premier long-métrage. Michael Kohlhaas est un projet de longue date puisque le cinéaste a été très marqué par la lecture du roman de Kleist lorsqu'il avait 25 ans mais ne sentait pas capable d'affronter un tel défi. "J'ai fini par me dire, 25 ans plus tard, que si j'attendais je ne sais quel don du ciel, je pourrais bien ne jamais faire ce film et que quelqu'un allait le faire à ma place… Alors, je me suis lancé" déclare-t-il.

 

L'histoire de Michael Kohlhaas se situe au début du XVIème siècle, transposé pour le film dans les Cévennes, au lieu de l'Allemagne, que le réalisateur ne connaît pas. A la croisée de deux époques, entre le Moyen-Âge qui s'achève, encore marqué par la violence féodale, et la Renaissance qui s'annonce, un monde plus éduqué, avide de droit et de justice. Dès les premiers plans, Arnaud des Pallières installe un climat sourd et pesant, celui du ciel chargé des Cévennes, nature belle mais rude. Michael Kohlhaas (Mads Mikkelsen, magnétique et superbe, en français avec un accent qui ajoute de l'étrangeté) est un commerçant prospère victime d'un baron (Swann Arlaud, un acteur exceptionnel, injustement méconnu) aux méthodes encore toutes féodales : deux de ses chevaux, laissés en caution, ont été maltraités et sont blessés. Sa plainte sera déboutée, le baron ayant de nombreuses amitiés en haut lieu. Michael Kohlhaas va alors se battre pour obtenir son droit, martelant sa volonté : "Je veux mes chevaux comme ils étaient".

 

Quand un homme a priori "sans histoire" est victime d'une injustice, il peut se transformer en lion blessé. Michael Kohlhaas est prêt à vendre tout ce qu'il possède pour lever une armée et obtenir réparation. Dans son combat, il sème la terreur et met une région entière à feu et à sang. Sommé à de nombreuses reprises de se rendre, l'homme tient bon, refusant même le salut de l'Eglise, qui lui demande au préalable de se soumettre, par l'intermédiaire d'un pasteur luthérien (Denis Lavant). Il peut être considéré comme un fou, comme un révolutionnaire ou un terroriste, selon les points de vue. Il est peut-être un peu des trois. Michael Kohlhaas se bat pour son droit, mais aussi pour des principes, un idéal de justice. En ce sens, il est un héros moderne. Arnaud des Pallières filme, sans jugement moral ou politique, un homme fait de contradiction mais aussi d'une obsession (sa cause). Michael Kohlhaas a de fortes résonnances actuelles, le monde étant d'une violence et d'une injustice souvent intolérables et certains hommes défiant l'ordre au nom de causes, légitimes ou non par ailleurs.

 

Le film est parfois un peu glacé et ne cherche jamais à se rendre aimable. On ne peut que féliciter le cinéaste pour son absence de démagogie, mais le film souffre, à certains endroits, d'un manque d'engagement, de passion, pour convaincre totalement, comme si le réalisateur craignait le romanesque et voulait garder une maîtrise toute mentale de son sujet. A cet égard, la séquence finale semble lui échapper et s'avère sublime et profondément émouvante. Dans le simple regard de Mads Mikkelsen, on trouve tous les enjeux du film et les sentiments mêlés du personnage qui finit par perdre et gagner en même temps. Arnaud des Pallières avoue qu'il n'avait "ni le début ni la fin du film" avant le montage du film et c'est justement ici ce qui en fait la réussite absolue : son ouverture, la possibilité pour le spectateur de se raconter l'histoire qu'il juge la plus juste, sa liberté et son absence de jugement. Ajoutons à cela des seconds rôles exemplaires : David Bennent (l'enfant du Tambour de Schlöndorff, c'était lui), Paul Bartel (très prometteur), Swann Arlaud, Mélusine Mayance (révélée dans Ricky de François Ozon), Bruno Ganz ou encore Roxane Duran (vue et appréciée dans Augustine d'Alice Winocour).

 

 

...HB...

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