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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Cinéaste anglais méconnu, Bill Douglas a réalisé trois films autobiographiques dans les années 70 aujourd'hui restaurés et repris. Il réussit à faire naître la poésie dans la misère sociale et affective. Cette trilogie est une merveille.

 

 

Affiche-Trilogie-Bill-Douglas.jpg


 

My Childhood (1972) & My Ain Folk (1973) : deux films qui retracent l'enfance et l'adolescence du cinéaste à Newcraighall, petit village de mineurs du sud de l'Écosse.

My way home (1978) : Jamie vit un moment en orphelinat, comme son frère, puis retourne chez sa grand-mère. Devenu adolescent, il travaille un temps à la mine puis chez un tailleur. Ensuite il part pour l’Egypte faire son service militaire. Il y rencontre Robert, un jeune homme qui devient son ami et l’aide à s’ouvrir à la vie.

 

 

 

 

 


Bill Douglas est né en 1934 dans une banlieue pauvre d'Edimbourg, en Ecosse. De cette enfance misérable, il fera des films, aujourd'hui visibles en France pour la première fois. En 1968, il entre à la London International Film School et écrit déjà un scénario autobiographique appelé Jamie. Il réussit à financer son premier film, rebaptisé My childhood, qui rencontre un grand succès dans les festivals et auprès de la critique, mais sort de manière confidentielle. Ce succès d'estime lui permet de réaliser les deux autres volets de sa trilogie mais il ne gagnera réellement sa vie qu'à partir de 1987 en devenant enseignant à la National Film and Television School à Londres. Il réalise un quatrième et dernier film (Comrades, inédit en France) avant de mourir d'un cancer en 1991. Grâce à un précieux travail de restauration par le British Film Institute, la trilogie de Bill Douglas est enfin visible sur les écrans français.

 

Après l'ébullition de 1968, le cinéma anglais se détourne du Swinging London pour aborder des thématiques plus politiques et sociales. Le Free Cinema va faire émerger des talents comme Ken Loach ou Mike Leigh. Bill Douglas aurait pu s'inscrire dans cette veine mais le grand public ne le connaît pas. Avec sa trilogie autobiographique, le cinéaste fait le choix d'un "récit émotionnel" à la première personne, avec des titres commençant tous par le possessif "My". Bill Douglas engage des acteurs non professionnels, dont certains auront une vie tragique, notamment Stephen Archibald (qui incarne Jamie, le double de Douglas) qui succombera à une vie de drogues et de violences avant ses 40 ans. La direction d'acteurs s'avère orageuse car Bill Douglas met quasiment les interprètes dans les conditions psychologiques qu'il a vécues pour toucher la vérité. C'est aussi ce qui le rapproche du Free Cinema, cette quête de documentaire dans la fiction.

 

Que ce soit dans My childhood, My ain folk ou My way home, Bill Douglas reconstitue sa vie à partir de sa mémoire, il ne cherche pas à combler les manques. Ainsi le film compte-t-il de nombreuses ellipses, comme notre mémoire est sélective. "On pourrait croire que je suis opposé à la compréhension, mais avec ce film, il ne s'agit pas de comprendre mais de sentir" déclarait-il à l'époque. Les cadres sont soigneusement composés, le noir et blanc tire vers le noir et gris, les plans sont longs et laissent souvent les personnages quitter le champ sans couper, comme pour laisser au spectateur le temps nécessaire de l'immersion dans son univers. Pour autant, ces trois films assez courts (48, 55 et 72 minutes) sont d'une efficacité redoutable et dégagent une poésie qui contraste forcément avec la misère sociale et affective présente. Petit à petit, Jamie va comprendre qu'il doit se battre pour ne pas subir le même destin que son frère, son père, sa grand-mère. Quand il annonce à la nouvelle femme de son père qu'il veut être peintre, elle se moque en lui disant qu'il doit se salir les mains comme tout le monde et que s'il était différent des autres, il ne serait pas né ici. C'est contre ce déterminisme social que se bat Bill Douglas. Dans le troisième volet, lorsque Jamie fait son service militaire en Egypte, il rencontre Robert, un Anglais cultivé qui lui donne le goût de la lecture et d'ouvrir son esprit. Comme un pied-de-nez à la misère et au malheur, la trilogie s'achève sur un arbre en fleurs. On espère maintenant découvrir bientôt Comrades, l'ultime film du cinéaste.

 

 

...HB...

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