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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Deux ans après Drive, Nicolas Winding Refn retrouve Ryan Gosling pour leur deuxième film ensemble, Only God forgives, présenté en compétition à Cannes. Un thriller hypnotique à la mise en scène éblouissante.

 

 

Affiche-Only-God-forgives.jpg

 

 

A Bangkok, Julian, qui a fui la justice américaine, dirige un club de boxe thaïlandaise servant de couverture à son trafic de drogue. Sa mère, chef d’une vaste organisation criminelle, débarque des États-Unis afin de rapatrier le corps de son fils préféré, Billy : le frère de Julian vient en effet de se faire tuer pour avoir sauvagement massacré une jeune prostituée. Ivre de rage et de vengeance, elle exige de Julian la tête des meurtriers. Julian devra alors affronter Chang, un étrange policier à la retraite, adulé par les autres flics.

 

 

 

 

 

 

La trilogie Pusher (débutée en 1996) a permis au cinéaste danois Nicolas Winding Refn de séduire la critique et une certaine audience. En 2009, Bronson retient l'attention (lire l'article du 18 juillet 2009) mais c'est en 2011 que le réalisateur livre une bombe atomique, Drive, prix de la mise en scène à Cannes et carton au box-office (lire l'article du 9 octobre 2011). Nicolas Winding Refn revient à ce qu'il affectionne le plus : la violence extrême et stylisée des hommes perdus face à l'absurdité de la vie.

 

Le script d'Only God forgives est né de l'idée d'un homme se battant contre Dieu, et au-delà, contre un personnage se prenant pour Dieu. Pour le cinéaste, Julian, incarné par Ryan Gosling, est "un gangster en quête d'une religion en laquelle il puisse croire." Il ajoute : "La foi est fondée sur le besoin de trouver une réponse transcendante alors que, la plupart du temps, nous ignorons quelle est la question. Lorsque la réponse surgit, par conséquent, il nous faut faire un retour complet sur notre vie, afin de trouver la question. Ainsi, le film est conçu comme une réponse mais ce n'est qu'à la fin que la question est révélée."

 

Grand formaliste et styliste à l'extrême, Nicolas Winding Refn accorde une place majeure à la lumière et à la mise en scène. Only God forgives rappelle Shining de Kubrick pour l'angoisse et les travellings avant et arrière dans les couloirs, mais aussi le travail de Wong Kar-Wai pour les couleurs ainsi que celui de David Lynch pour l'aspect métaphysique, hypnotique, introspectif, presque psychanalytique. Le cinéaste met en scène un Ryan Gosling stoïque, taiseux et le fétichise à mort, comme la plupart des réalisateurs avec qui l'acteur a travaillé dernièrement. Mais Refn ne cultive pas l'imagerie sexy qu'il a créée dans Drive, avec le personnage de héros silencieux. Ici, Gosling campe un gangster raté, impuissant et faible, en totale déconstruction de son mythe naissant donc. Son frère s'est jeté dans la gueule du loup (du diable ?) en violant et assassinant sauvagement une prostituée, et en restant à côté du cadavre, comme un suicide, alors que son sort est scellé par le père de la victime et un ancien policier adulé et craint (Dieu et Diable). Sa mère, papesse d'un trafic de drogue international, vient reconnaître le corps de son fils préféré et demande à son "incapable" de second fils de venger son aîné.  Dans ce rôle, Kristin Scott Thomas en blonde vénéneuse est méconnaissable et on n'a rarement vu l'actrice dans ce registre qui lui va pourtant comme un gant, "un mix de Lady MacBeth et de Donatella Versace" selon le cinéaste.

 

Le film est furieusement beau, tout en rouge, bleu et orange, dans la nuit de Bangkok. La mère toute-puissante pleure son fils défunt et humilie son cadet dans une relation ambigüe, proche de l'inceste, et castratrice. Cette Jocaste renvoie son fils à son impuissance et à sa peur. D'ailleurs, Refn fait par deux fois un plan sur le bassin de Julian, qui ne bande que les poings et ne peut jouir qu'en regardant une pute se masturber ou en lui introduisant -non sans mal- des doigts. Le film alterne moments de violence crue et stases esthétiques, jusqu'à l''affrontement inévitable avec l'Ange de la Vengeance (en lieu et place de Dieu), incarné par Vithaya Pansringarm, prof d'arts martiaux à Bangkok. Porté par un travail exceptionnel sur le son et un BO parfaite de Cliff Martinez, Only God forgives est un film radical et audacieux, moins évident que Drive mais à la mise en scène virtuose. Un chef-d'œuvre qui a divisé la Croisette mais qui pourrait peut-être surprendre en empochant une récompense. Nicolas Winding Refn est un metteur en scène déjà culte.

 

 

...HB...

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