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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Présenté au Festival de Cannes 2013, Only lovers left alive est le nouveau long-métrage de Jim Jarmush. Le cinéaste américain revisite le film de vampires et offre une histoire d'amour inclassable, romantique et poétique.

 

 

Affiche-Only-lovers-left-alive.jpg


 

Dans les villes romantiques et désolées que sont Detroit et Tanger, Adam, un musicien underground, profondément déprimé par la tournure qu’ont prise les activités humaines, retrouve Eve, son amante, une femme endurante et énigmatique. Leur histoire d’amour dure depuis plusieurs siècles, mais leur idylle débauchée est bientôt perturbée par l’arrivée de la petite sœur d’Eve, aussi extravagante qu’incontrôlable. Ces deux êtres en marge, sages mais fragiles, peuvent-ils continuer à survivre dans un monde moderne qui s’effondre autour d’eux ?

 

 

 

 


 

Cinéaste singulier, Jim Jarmush s'est parfois égaré mais creuse un sillon mélancolique et rock depuis plus de trente ans. Avec Only lovers left alive, il signe un film de vampires qui s'amuse des codes du genre pour en faire une magnifique histoire d'amour mais aussi la chronique nostalgique d'une société qui s'effondre. Adam et Eve (le couple originel, donc) s'aiment depuis des siècles et ont été amis avec Einstein, Shakespeare, Schubert ou Mary Shelley. Loin de la vision classique des vampires croquant le cou des innocents, Jim Jarmush filme des êtres élégants, romanesques et un brin aristocratiques, se fournissant en sang dans les hôpitaux pour avoir leur ration quotidienne. Entre Detroit et Tanger, où ils vivent, ils constatent que les "zombies" (comprendre les humains) ont perdu le sens des valeurs et laissent le monde aller à sa perte.

 

La mise en scène de Jarmush est d'une élégance absolue, fidèle à la posture désinvolte et mélancolique du cinéaste. Tilda Swinton (impériale) et Tom Hiddleston (magnétique) vivent en reclus -la nuit, bien entendu-, elle à Tanger, lui à Detroit. Le réalisateur s'est inspiré de la ville américaine, autrefois fleuron de l'industrie et aujourd'hui frappée cruellement par la crise, et de la ville marocaine, à la douceur méditerranéenne, carrefour des cultures européennes et orientales, avec ses dédales de rues escarpées. Buveurs de sang mais pas sanguinaires, les amants doivent affronter, comme par le passé, un monde en pleine mutation, entre désir de culture et culture du profit, belle métaphore des difficultés rencontrées par le cinéma indépendant dont Jarmush est l'un des représentants. Avec beaucoup d'humour (qui évite le pensum), le film fait état de la déliquescence de la société moderne. Jarmush évite l'écueil du "c'était mieux avant" mais oppose au couple Adam et Eve la petite sœur de cette dernière, incarnée par Mia Wasikowska, représentant la jeune génération, avide de sensations fortes et immédiates.

 

Jim Jarmush signe un film envoûtant et mélancolique, sur fond de jazz et de rock, célébrant Jack White (avec qui le cinéaste a déjà travaillé), Eddie Cochran ou Charlie Feathers. Dans Only lovers left alive ("les seuls amants restés en vie"), les vampires sont des créatures solitaires plus que sauvages, à l'opposé des représentations habituelles, même si le cinéaste s'autorise un plan final à la fois amusant et horrifique. Un film sombre et nostalgique, parmi les meilleures pièces de la filmographie de son auteur.

 

 

...HB...

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