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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Lucas Belvaux change de registre avec Pas son genre, porté par Emilie Dequenne et Loïc Corbery. Une romance douce-amère traversée par le thème de prédilection du cinéaste : la dureté des oppositions culturelles et sociales.

 

 

Affiche-Pas-son-genre.jpg


 

Clément, jeune professeur de philosophie parisien est affecté à Arras pour un an. Loin de Paris et ses lumières, Clément ne sait pas à quoi occuper son temps libre. C'est alors qu'il rencontre Jennifer, jolie coiffeuse, qui devient sa maîtresse. Si la vie de Clément est régie par Kant ou Proust, celle de Jennifer est rythmée par la lecture de romans populaires, de magazines « people » et de soirées karaoké avec ses copines. Cœurs et corps sont libres pour vivre le plus beau des amours mais cela suffira-t-il à renverser les barrières culturelles et sociales ?

 

 

 

 

 


Lucas Belvaux, tout d'abord acteur, a désormais une solide carrière de réalisateur. En 2003, sa formidable trilogie Un couple épatant / Cavale / Après la vie séduit le public et la critique. Depuis, ce natif de Namur s'intéresse particulièrement à ce qui compose les barrières sociales, en versant dans le thriller dans Rapt (lire l'article du 30 novembre 2009) et 38 témoins (lire l'article du 17 mars 2012). Avec Pas son genre, il choisit de passer à la comédie romantique, adaptant le roman éponyme de Philippe Vilain, paru en 2011. Mais à la romance, Belvaux greffe son souci de radiographier le monde sous son angle culturel et social, avec une mélancolie mêlée d'un constat amer. Pour son casting, le réalisateur a choisi de réunir Emilie Dequenne et Loïc Corbery (de la Comédie-Française et dans son premier grand rôle au cinéma). Si les deux sont épatants, Emilie Dequenne ne cesse de nous étonner, après son rôle dans A perdre la raison de Joachim Lafosse (lire l'article du 12 septembre 2012), elle offre, dans un tout autre registre, une scène bouleversante, de nouveau sur une chanson.

 

Clément est un professeur de philo parisien, qui ne supporte pas de quitter sa ville, prend son petit déjeuner dans le café très germanopratin "Les Deux Magots" et théorise sur l'amour plus qu'il ne le vit, en témoigne la scène d'ouverture qui présente d'emblée son rapport compliqué aux femmes. Jennifer est coiffeuse à Arras, où elle a grandi, rêve, en mère célibataire, du grand amour et passe ses week-ends au karaoké avec ses copines. La mutation de Clément dans le nord de la France va provoquer une rencontre inattendue. Si les deux partagent le goût de la lecture, elle est plutôt Anna Gavalda et magazines people quand il se régale de Kant et Giono. Dans leur histoire d'amour naissante; tout l'enjeu du film est de savoir si les sentiments sauront venir à bout des différences culturelles et sociales. Jennifer considère qu'ils n'ont "pas les mêmes goûts". Mais on peut aussi se dire qu'ils n'ont pas les mêmes aspirations. Jennifer se donne entièrement, malgré, pourtant, une grande opacité (on ne sait pas grand-chose d'elle finalement) alors que Clément semble incapable de vivre une véritable relation amoureuse, ne s'intéressant qu'à la "théorie".

 

Le spectateur peut se demander dans un premier temps si le professeur s'intéresse à la coiffeuse comme un plan cul, une proie facile ou s'il est réellement épris de cette femme si différente de toutes celles qu'il a fréquentées dans son "milieu". Lucas Belvaux caractérise très fortement ses personnages, parfois trop. Emilie Dequenne incarne une jeune femme pétillante et pleine de vie, mais qui, au final, se révèle envahissante et quasiment insupportable. Loïc Corbery, lui, campe un homme mystérieux en apparence, mais assez lisible dans le fond, coincé dans sa prison cérébrale. On regrette un peu ce cliché de l'intello parisien incapable de s'amuser et de la provinciale populaire qui sait profiter de la vie, mais le cinéaste est attentif pour ne pas s'arrêter là. Dans la dernière partie de son film, la plus amère, il filme le couple pendant le carnaval d'Arras, au milieu des masques, comme une métaphore de leur incapacité à s'extraire de leurs certitudes, de leurs valeurs, de leur statut social. La fin du film, surprenante, laisse la porte ouverte à une intéressante réflexion sur l'immuabilité (ou non !) des barrières sociales.

 

 

...HB...

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