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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

La cinéaste vénézuélienne Mariana Rondon dresse avec Pelo Malo un portrait de son pays par le biais d'un petit garçon obsédé par ses "cheveux rebelles". Un beau film sur les rapports mère-fils, l'intolérance et la précarité d'une famille monoparentale à Caracas.

 

 

Affiche-Pelo-Malo.jpg


 

Junior a 9 ans. Il vit à Caracas avec sa mère et son frère de 2 ans. Junior a les cheveux frisés de son père. Il voudrait avoir les cheveux lisses de sa mère. Junior adore chanter, danser avec sa grand-mère et se coiffer devant la glace. Mais pour sa mère, Junior est l'homme de la famille. C'est comme ça qu'elle l'aime...

 

 

 

 

 


Issue d'une famille très politisée, Mariana Rondon a suivi dès son plus jeune âge les déplacements de ses parents engagés dans la lutte armée. Après un passage à Paris, elle décide de poursuivre son rêve de réaliser des films. Après Minuit et demi (1999, inédit en France) et Cartes postales de Leningrad (2009), elle s'attaque avec Pelo Malo à la question -taboue dans son pays- de l'homosexualité, ou plus précisément de la recherche d'identité d'un enfant paumé entre un père absent (caïd tué par balles) et une mère qui ne lui manifeste aucune marque d'affection. L'expression "pelo malo" signifie littéralement "mauvais cheveux" mais le dossier de presse nous apprend qu'au Venezuela, il s'agit d'une expression pour qualifier les cheveux frisés des métis, déconsidérés en termes de beauté par une forme de racisme latent.

 

Junior, un garçon de 9 ans, n'a qu'une obsession : lisser ses cheveux frisés et chanter, comme les chanteurs des années 70 dont les photos le font rêver. Sa mère, qui élève seule ses deux enfants et vient de perdre son emploi de vigile, y voit le signe naissant de l'homosexualité de son fils, sujet tabou au Venezuela, encore très imprégné de religion, comme le montrent les peintures murales bibliques gigantesques dans les rues des quartiers pauvres de Caracas. En toile de fond, la réalisatrice dessine le profil d'un pays encore très marqué par l'agonie cancéreuse d'Hugo Chavez (images de JT à l'appui) et où le passé douloureux se confronte à des rêves d'avenir. La mère est prête à toutes les humiliations pour récupérer un poste minable mais qui lui permettrait de survivre à cette pauvreté, alors que le petit Junior, loin de ces considérations, ne rêve que de paillettes, de cheveux lisses et de chansons, abreuvé par des programmes télé de type télé crochet ou concours de beauté. Avec sa grand-mère, il apprend par cœur une chanson kitsch des années 70 (Mi limon, mi limonero).

 

Mariana Rondon filme subtilement les questionnements d'une identité sexuelle en construction. Celle de Junior (le jeune Samuel Lange Zambrano est stupéfiant) rappelle Tomboy de Céline Schiamma dans son ambigüité. Le garçon est troublé par le jeune et bel épicier, joue à la poupée avec sa copine de palier, danse et chante, à l'opposé des conventions sociales qu'impose une virilité formatée. Cela crée de vives tensions avec la mère qui a peur que son fils soit rejeté en raison de sa différence. Si elle est méchante et injuste avec lui (et elle l'est souvent), c'est bien sûr parce qu'elle est malheureuse. Mais Mariana Rondon ne cherche pas d'excuse à la violence de cette mère qui va jusqu'à faire l'amour avec un homme devant son fils pour lui "montrer l'exemple" (scène très dérangeante). Cette relation de tension, la réalisatrice va la dérouler jusqu'au point de non-retour, dans une séquence finale inévitablement triste, après que l'enfant a asséné à sa mère un "Je ne t'aime pas" aussi faux que vengeur. Malgré quelques maladresses, le film reste toujours sur un fil tendu entre violence et émotion.

 

 

...HB...

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