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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Dans le cadre d'une rétrospective Jacques Tati, le chef-d'œuvre du cinéaste, Playtime, ressort en salles dans une version restaurée. Un film de pure mise en scène dont le burlesque désopilant cache une chronique sociologique bien vue.

 

 

Affiche-Playtime.jpg


 

Des touristes américaines ont opté pour une formule de voyage grâce à laquelle elles visitent une capitale par jour. Mais arrivées à Orly, elles se rendent compte que l'aéroport est identique à tous ceux qu'elles ont déjà fréquentés. En se rendant à Paris, elles constatent également que le décor est le même que celui des autres capitales...

 

 

 

 


 

Après une reprise en 2013 de l'excellent Jour de fête (1949), c'est la filmographie de Jacques Tati qui continue d'être revisitée en cet été 2014 avec une reprise de l'intégralité de ses six longs-métrages portée par une restauration exceptionnelle de Playtime, datant de 1967. Le tournage de ce film fut long, fastidieux et ruineux pour se solder par un échec commercial si lourd que Tati fit faillite et ne put refonder une société de production qu'en 1976, quelques années avant sa mort. Pourtant, près de cinquante plus tard, une restauration en 4K reprend enfin le format initial de ce film tourné en 70 mm, une première pour un film français à l'époque. "Si je tourne en super 8, je vais filmer une fenêtre, en 16 mm je vais en avoir quatre, en 35 mm je vais en avoir douze et en 70 mm, je vais avoir la façade d'Orly" justifie le réalisateur. Entre 1964 et 1967, Tati fait construire un décor dantesque sur un terrain vague près des studios de Joinville-le-Pont, à proximité du Bois de Vincennes, sur 15 000 m², reproduisant une ville avec ses avenues, des immeubles en verre, un centre commercial… Contrairement à la volonté du cinéaste, ce "Tativille" sera détruit par la Mairie de Paris pour construire des logements.

 

Avec Playtime, Tati retrouve le personnage de Monsieur Hulot, un homme fantasque et surréaliste, sautillant avec son imper, son parapluie, son chapeau et son pantalon trop court. Tel un Buster Keaton, Tati habite son film, quasiment muet, ou avec de nombreux dialogues souvent anecdotiques, inaudibles ou répétitifs ("Ah Hulot ! L'armée ! Tu te souviens ?"). Au début des années 60, la France se modernise et voit exploser les constructions urbaines, les grands ensembles que Chris Marker et Pierre Lhomme évoquent dans Le joli Mai (lire l'article du 31 mai 2013). Playtime, derrière son apparence burlesque, donne à voir un monde en pleine révolution, fait d'immeubles de verre impersonnels et de bureaux carrés, précurseurs des open spaces. En revoyant le film en 2014, on comprend à quel Tati était visionnaire. Sa critique acerbe du monde moderne est enveloppée dans un comique de situation et une mise en scène à la mécanique parfaitement huilée, dont la maîtrise impressionne à chaque plan, incroyablement composé. On se lassera peut-être de quelques longueurs dans la très longue séquence du restaurant, mais Tati prouve son talent pour habiter l'espace et les cadrages habiles permettent de voir l'agitation insensée d'un monde dont la modernité soudaine frôle l'absurde, sans beaucoup de mouvements de caméra mais avec une science épatante du décor. Entre les lignes droites, coupantes de la première partie (le centre commercial, les bureaux) et les cercles rieurs et anarchiques de la seconde (le restaurant, le carrousel des voitures), Tati a fait son choix, non sans brocarder les nouveaux logements "vitrines". Le film le plus important de sa carrière, à (re)découvrir.

 

 

...HB...

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