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Lundi 12 décembre 2011 1 12 /12 /Déc /2011 19:43

 

Steve McQueen a gagné ses galons avec un premier film retentissant, Hunger. Porté par un Prix d'interprétation pour Michael Fassbender au Festival de Venise, Shame, le second film du cinéaste britannique, captive encore une fois.

 

 

Affiche-Shame.jpg


 

Le film aborde de manière très frontale la question d'une addiction sexuelle, celle de Brandon, trentenaire new-yorkais, vivant seul et travaillant beaucoup. Quand sa sœur Sissy arrive sans prévenir à New York et s'installe dans son appartement, Brandon aura de plus en plus de mal à dissimuler sa vraie vie...

 

 

 

 


 

Steve McQueen a reçu la Caméra d'Or au Festival de Cannes en 2008 pour son premier film impressionnant, Hunger (lire l'article du 2 décembre 2008). Inutile de dire que son deuxième effort était très attendu, d'autant plus qu'il est soutenu par une critique quasiment unanime. Le public semble le suivre puisqu'il a déjà engrangé plus de 112 000 entrées sur 115 copies durant son premier week-end d'exploitation. Le réalisateur anglais retrouve Michael Fassbender, l'acteur qu'il a révélé dans son précédent long-métrage et qu'il mettra de nouveau en scène prochainement, et affirme son regard sur la société, un véritable regard de metteur en scène contemporain.

 

L'ouverture de Shame nous donne à voir l'appartement moderne d'un trentenaire new-yorkais, de son lit défait, ses habitudes au lever du lit et très vite on comprend qu'il y a un problème dans la façon frénétique qu'il a de se masturber dès le matin sous la douche. Rebelote dans les toilettes de son bureau. Pourtant, Brandon (excellent Michael Fassbender qui offre littéralement son corps au cinéaste une nouvelle fois) a tous les stigmates de la vie moderne supposée libre : un grand appartement à New-York, un boulot de consultant dans un immeuble aux parois de verre au cœur de la ville, des sorties entre amis dans des bars branchés, de l'argent… Ce qui ne l'empêche pas d'être enfermé dans une prison mentale, comme Bobby était prisonnier au sens propre dans Hunger. Cette prison mentale est celle de l'addiction sexuelle. Masturbation, sites porno, prostituées, coup rapide avec un inconnu, fellation dans un club gay… son obsession prend toutes les formes. Steve McQueen s'attache au corps de Brandon mais aussi à son regard. Dans le métro, il fixe une jeune femme (dont l'alliance est ostensiblement arborée) plus comme un animal en chasse de sa proie que comme un séducteur avant de la perdre de vue dans les couloirs d'une station, au milieu de la foule.

 

New-York est une ville bouillonnante, qui ne dort jamais et tous les excès semblent permis. Ce n'est sûrement pas un hasard si le réalisateur a choisi de situer l'action dans cette ville. Une collègue de bureau drague Brandon et celui-ci accepte de dîner avec elle dans un restaurant branché. Comme dans Hunger, Steve McQueen use d'un long plan-séquence fixe pour dire le malaise de cette rencontre. Incapable de sentiment amoureux, Brandon ne semble être là que par convention sociale et se permet de dire ce qu'on ne dit jamais au premier rendez-vous galant : il ne croit pas au couple. La jeune femme, qui espère une idylle, le suit quelques jours plus tard dans un hôtel mais dans une longue scène de sexe avortée, Brandon ne parvient pas à lui faire l'amour, lui qui ne sait que "baiser". Il appellera une pute pour assouvir son désir dans cette chambre quelques heures plus tard. La sexualité de Brandon est ainsi, triste : il ne s'ébat qu'avec des prostituées ou des inconnues. Cette vie est troublée quand débarque sa sœur (Carey Mulligan, la révélation de Drive), chanteuse en galère et totalement paumée, et qui s'incruste chez lui. Ces retrouvailles forcées sont le révélateur (douloureux) à Brandon de sa maladie mais aussi la limite du film car apparaît bizarrement une morale assez conservatrice. Là où Steve McQueen dénonce globalement le capitalisme qui infiltre le monde jusque dans notre sexualité, il se pose comme un objecteur de morale en donnant une épreuve un peu malvenue à son personnage.

 

Malgré un fin pas à la hauteur du film, Shame profite d'une prodigieuse mise en scène et d'une interprétation bluffante. Steve McQueen peine juste à apporter à Shame le souffle extraordinaire qui classait Hunger dans la famille des grands films.

 

 

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Par ...HB... - Publié dans : Cinéma
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