Partager l'article ! "Sleeping beauty", un film de Julia Leigh: Protégée de Jane Campion, la romancière australienne Julia Leigh livre son premier ...
Protégée de Jane Campion, la romancière australienne Julia Leigh livre son premier film, Sleeping beauty, accompagné d'une odeur de soufre par son interdiction (injustifiée) aux moins de 16 ans. Le film tient beaucoup trop son public à distance. Joli mais glacial.
Ce que les hommes lui font la nuit, Elle l'a oublié au réveil. Une jeune étudiante qui a besoin d’argent multiplie les petits boulots. Suite à une petite annonce, elle intègre un étrange réseau de beautés endormies. Elle s’endort. Elle se réveille. Et c’est comme si rien ne s’était passé…
Présenté lors du dernier Festival de Cannes, Sleeping beauty est le premier film de Julia Leigh, qui a reçu tout de même le soutien enthousiaste (jusque sur l'affiche) de Jane Campion, la seule femme à avoir obtenu une Palme d'or, avec La leçon de piano en 1993. Julia Leigh explique que son film "résulte de [ses] interrogations sur l'âge et l'expérience" et que tout est parti d'un rêve, ou plutôt un cauchemar, récurrent qu'elle faisait : des inconnus qui la filmaient pendant qu'elle dormait.
Sleeping beauty tient sur son personnage principal, Lucy, incarnée par Emily Browning, qui ne semble pas toujours comprendre ce qu'elle fait là malgré un réel engagement d'actrice. Dès la première scène, elle est une espèce de cobaye pour un scientifique qui lui introduit un tube dans la trachée. Très vite, elle doit donner de l'argent à sa mère et galère à payer son loyer. La problématique est actuelle : une étudiante sans le sou offre son corps pour payer ses études. Elle offre son corps à proprement parler. Il ne s'agit pas vraiment de prostitution au départ, mais de tests scientifiques puis de servir le vin en porte-jarretelles dans des lupanars où de vieux messieurs dînent façon bordel du début du siècle (on pense à Eyes Wide Shut ou au récent L'Apollonide). Un "vrai" boulot étudiant (serveuse dans un restaurant) semble lui être assez anormal. L'étrangeté n'est pas là où l'on croit. Lucy répond à une annonce pour un établissement très chic qui propose à de vieux messieurs (encore) de passer un moment auprès de jeunes filles endormies. Lucy est donc endormie avec une potion un peu étrange préparée par la patronne (ambiance Belle de jour de Buñuel) et les clients se succèdent pour regarder ou toucher son corps diaphane mais avec interdiction absolue de pénétration ("Son vagin est un temple").
Le film pourrait développer un érotisme sulfureux ou une étude sur le corps. C'est tout cela ça la fois et rien du tout. Sleeping beauty semble prisonnier d'une barrière de glace qui le sépare de ses spectateurs, bien impuissants à entrer dans cet univers. Dans cette fable perverse sur la servitude volontaire et un jeu avec la mort, Julia Leigh oublie qu'elle n'est plus dans son rêve et laisse le spectateur au bord du chemin. Dommage, car cette approche avait l'air bien intéressante.
...HB...
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