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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Paul Schrader, qui revient de loin, livre un nouveau long-métrage, The Canyons, avec la lolita des tabloïds Lindsay Lohan et la star du porno James Deen. Une vision sombre et cynique de Hollywood.

 

 

Affiche-The-Canyons.jpg

 


Christian, jeune producteur de films ambitieux, est amoureux fou de Tara, une actrice qu’il abrite sous son toit. Obsédé par l’idée qu’elle le trompe, Christian fait suivre Tara et découvre qu’elle entretient effectivement une liaison. Sa jalousie se fait d’autant plus grande que l’amant de Tara n’est autre que Ryan, ex petit-ami de cette dernière qu’elle a imposé sur le futur projet cinématographique de Christian. Le producteur décide alors de les piéger tous les deux, sacrifiant au passage ce qui lui reste d’humanité dans des jeux pervers et violents…

 

 

 

 


 

Paul Schrader, le réalisateur d'American Gigolo (1980), a connu des années 90/2000 difficiles et semble renaître de ses cendres avec un projet quasiment sans budget, The Canyons, du nom d'un quartier de Los Angeles. Ecrit par l'auteur controversé de Moins que zéro et American Psycho, Bret Easton Ellis, ce film sonde les méandres du cinéma, déserté par les idéaux et aujourd'hui fait par des financiers et non plus des cinéphiles. Dans la séquence d'ouverture, Schrader présente des façades d'anciens cinémas délabrés, comme pour annoncer son programme, que l'on peut discuter : l'état moribond du cinéma américain indépendant.

 

Mais le cinéaste ne se contente pas de pleurer son idée du cinéma, aujourd'hui souvent résumé à une industrie. Dans les coulisses de l'antre du cinéma américain, The Canyons met en scène un producteur paranoïaque et violent (James Deen, star du porno, glaçant dans ce premier rôle "traditionnel", dans la veine d'American Psycho) et sa petite amie qui s'ennuie dans le luxe qu'elle a tant voulu et accepte les fantasmes de son compagnon, trouvant des inconnus sur son application smartphone pour des parties fines en caméra cachée. Christian, le producteur, redoute que son amie ne le trompe avec le jeune premier de son prochain film, Ryan, interprété par le beau blond, caricature de la santé américaine, Nolan Funk. Face à l'omniprésence des nouvelles technologies et des réseaux sociaux, on peut entendre "Plus personne n'a de vie privée aujourd'hui". Le choix de Lindsay Lohan semble alors extrêmement judicieux pour ce qu'elle représente : une ancienne idole Disney qui a viré au trash et a fait la une des tabloïds entre scandales sexuels, cures de désintox et frasques judiciaires. Les scènes avec la jeune femme sont impressionnantes car Schrader filme son visage déjà boursoufflé et botoxé comme une vieille gloire déchue, alors qu'elle n'a que 27 ans.

 

On comprend que Paul Schrader et Bret Easton Ellis déplorent que le cinéma soit aujourd'hui fait par des gens qui n'y vont jamais, comme une conversation le souligne amèrement dans un café. Après cette vision sordide de Hollywood, le film bascule vers le thriller, parfois maladroitement, mais offre de belles séquences sur le désenchantement d'une génération sacrifiée sur l'autel de la rentabilité. On peut regretter quelques épanchements puritains mais le manque de moyen apporte une vérité quasi-documentaire au film, avec Lindsay Lohan dans un superbe rôle, presque autobiographique. Ses larmes sont déchirantes car elles semblent être le reflet d'une (courte) vie d'excès et d'addictions dans le monde cruel des starlettes hollywoodiennes. Et le plan final surprenant n'apporte aucun espoir dans ce film noir.

 

 

...HB...

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