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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Le surdoué québécois Xavier Dolan change de registre pour son quatrième film, Tom à la ferme, à la mise en scène virtuose. Un thriller sensuel et oppressant qui brocarde l'intolérance et le repli sur soi. Fascinant.

 

 

Affiche-Tom-a-la-ferme.jpg


 

Un jeune publicitaire voyage jusqu'au fin fond de la campagne pour des funérailles et constate que personne n’y connaît son nom ni la nature de sa relation avec le défunt. Lorsque le frère aîné de celui-ci lui impose un jeu de rôles malsain visant à protéger sa mère et l'honneur de leur famille, une relation toxique s'amorce bientôt pour ne s'arrêter que lorsque la vérité éclatera enfin, quelles qu'en soient les conséquences.

 

 

 

 


 

Xavier Dolan, sélectionné à Cannes pour ses trois premiers films, voulait prendre du recul après sa "trilogie" sur les amours contrariées et s'attèle ici à sa première adaptation. Il s'agit de la pièce de théâtre Tom à la ferme de Michel Marc Bouchard, créée en 2011 à Montréal. Le scénario a d'ailleurs été écrit à quatre mains avec le dramaturge. Loin des personnages citadins de ses précédents films, Xavier Dolan incarne un jeune publicitaire qui se rend dans la campagne profonde, "à la ferme", pour les obsèques de Guillaume, son petit ami. Il rencontre une mère effondrée qui ignore son existence et ne comprend pas pourquoi la fiancée de son fils n'est pas venue… Mais il rencontre aussi le frère de son compagnon, Francis, qui, lui, sait tout des secrets de son frère et se montre particulièrement haineux dès la première entrevue, saisissante de terreur, dans le noir. Tom respecte d'abord (sous la menace du frère) le secret et ne dit rien de sa douleur, livrant tout de même sa fougue amoureuse pudiquement cachée sous un prétendu coup de fil de la fiancée officielle. Dans cette très belle séquence, la maman retrouve même le sourire en apprenant l'ardeur sexuelle de son fils défunt. Mais il y a comme un hic. Cette mère ressemble aux mères psychotiques de chez Hitchcock. Sous des apparences inoffensives, la mère (incarnée par Lise Roy, remarquable) se montre possessive et autoritaire, à l'humeur étrangement changeante.

 

Le réalisateur connaît parfaitement le cinéma et s'amuse avec tous les codes du film de genre, qu'il utilise avec le recul post-moderne qu'on lui connaît. Son deuxième film, Les amours imaginaires, citait, dans un tout autre registre, déjà des cinéastes classiques et contemporains. La musique de Gabriel Yared, profondément hitchcockienne, accompagne cette immersion dans l'étrangeté d'une famille comme écrasée par le poids des non-dits. Las de jouer les hétéros, Tom devrait partir avec l'enterrement, mais c'est sans compter sur Francis, le frère bourru, beau comme un dieu et qui fascine Tom autant qu'il le repousse. Sans trop comprendre pourquoi, Tom va rester. Face à Xavier Dolan (Tom), Pierre-Yves Cardinal (exceptionnel) campe ce personnage plus complexe qu'il n'y paraît. Dans sa seconde partie, le film se resserre sur le duo (duel ?) Francis / Tom, avec l'ombre du défunt frère / amant. Tom retrouve chez Francis la voix et l'odeur de son amant quand tout chez Tom rappelle à Francis l'existence de son frère, mais aussi ses secrets, sa sexualité considérée comme honteuse. Xavier Dolan orchestre alors un face à face entre deux hommes, entre transfert d'identité et transfert de désir. La relation, sensuelle, ambigüe et violente, est un jeu de dominant / dominé où chacun, d'une certaine manière, tient les deux rôles. Il serait trop facile de lire le comportement du frère comme une homosexualité refoulée mais bien plutôt comme la réponse à un trouble qui vient menacer un équilibre précaire basé sur le mensonge et un jeu d'illusions. "Avant d'apprendre à aimer, les homosexuels apprennent à mentir" déclare Dolan, qui dénonce aussi l'incommunicabilité et l'intolérance. Tom reste (en partie malgré lui) dans une relation presque sadomasochiste avec cet homme qui le rudoie, et seule la découverte d'un effroyable secret pourra briser ce syndrome de Stockholm. Xavier Dolan, avec cet exercice de style, signe son film le plus excitant depuis J'ai tué ma mère, renouant avec cette énergie de sale gosse incroyablement doué.

 

 

...HB...

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