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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Présenté dans de nombreux festivals, Ugly, le nouveau film du réalisateur indien Anurag Kashyap est sur les écrans français. Un thriller violent qui scanne une Inde plus corrompue et sombre que jamais. Un film bien écrit mais plombé par une mise en scène inégale et une interprétation qui verse dans la surenchère.

 

 

Affiche-Ugly.jpg


 

Dans un Bombay sale et glauque, une fillette disparaît. Toujours entre deux castings (ratés), Rahul, son égoïste de père ne pense qu'à sa carrière d'acteur tandis que Shalini, sa mère, cloîtrée par son nouveau mari, Shoumik, un commissaire de police violent, se bourre de calmants et de whisky. Leur entourage n'est guère plus reluisant : entre « le meilleur ami » du père, qui n'a pas hésité à le trahir en couchant avec sa femme, et le frère de la mère, mouillé jusqu'au cou dans des affaires véreuses, aucune âme noble à l'horizon. Et tandis que tous se déchirent, chacun cherchant à accuser l'autre, voire à profiter de la situation, la petite fille reste introuvable.

 

 

 

 


 

Le cinéma indien ne se résume pas au folklore de Bollywood. The Lunchbox, de Ritesh Batra, gros succès récent (lire l'article du 17 décembre 2013), en est un exemple. Dans un tout autre registre, Anurag Kashyap, après son film fleuve de plus de cinq heures Gangs of Wasseypur, a présenté Ugly à la Quinzaine des Réalisateurs en 2013 puis au Festival du film asiatique de Deauville en 2014 où il a reçu le Lotus du Jury. Ce thriller sombre s'inspire d'événements réels, pas seulement d'un fait mais d'un ensemble d'affaires qui se sont déroulées en Inde ces dernières années.

 

Dans le célèbre quartier Mumbai de Bombay, une fillette disparaît. Sous le regard inquiétant d'un commissaire de police ultra-violent, tous la recherchent, tous sont suspects, à commencer par le père. La séquence d'ouverture donne le ton : du métal surgit des enceintes tandis qu'une femme envisage de se suicider juste avant que sa fille ne rentre à la maison. Dès les premières minutes, la violence inonde le film, entre bagarres, trafiquants et la mort saisissante d'un vendeur à la sauvette. Pour la police comme pour les proches, les recherches pour retrouver l'enfant semblent moins importantes que les considérations financières ou personnelles (une lutte de jeunesse entre l'ex-mari et le nouveau). Conformément au titre du film, tout est laid dans cette Inde corrompue par tous les vices. Le père ne pense qu'à sa carrière d'acteur (raté), se demandant comment il trouvera enfin le rôle qu'il attend avec cette cicatrice infligée par le flic. La mère, accroc au whisky et aux médicaments, ne semble rien prendre vraiment au cœur, cloîtrée par son flic de mari et obsédée par son compte en banque toujours plus proche de zéro. Les autres (amis, famille, flics) sont toujours prêts à la première bassesse pour quelques roupies.

 

Le constat du cinéaste sur son pays semble désespéré tant rien ni personne n'échappe à diverses formes de corruption. C'est aussi la limite du film, ainsi que l'interprétation. Les acteurs, en surjeu permanent, n'apportent pas l'humanité qui manque à ce tableau radical d'un pays en proie à toutes les contradictions. Le regard porté sur la violence est ambigu, proche de la complaisance, et la mise en scène banale ne permet pas de prendre le recul nécessaire. Anurag Kashyap fait preuve d'un certain savoir-faire, malgré une construction en puzzle un peu trop confuse, mais le film ne s'élève jamais au-dessus de la crasse qu'il dénonce.

 

 

...HB...

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