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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Scarlett Johansson est l'héroïne étrange du non moins étrange troisième film de Jonathan Glazer, Under the skin. Un film inclassable, envoûtant et formellement extraordinaire.

 

 

Affiche-Under-the-skin.jpg


 

Une extraterrestre arrive sur Terre pour séduire des hommes avant de les faire disparaître.

 

 

 

 


 

Dix ans après le déroutant Birth avec Nicole Kidman, Jonathan Glazer adapte le roman Under the skin de Michel Faber et interroge ce qui fait de nous des humains en mettant en scène un personnage extraterrestre qui observe notre étrangeté. "Je crois que nous sommes des êtres fondamentalement solitaires, même lorsque l'on vit en couple ou en groupe. (...) Cette solitude se lit sur la plupart des visages, dans le geste le plus banal du quotidien" déclare le cinéaste. Glazer s'est d'abord fait connaître dans les années 90 en réalisant des spots publicitaires et quelques clips devenus mythiques comme Karma Police (Radiohead), Virtual insanity (Jamiroquai) ou Karmacoma (Massive Attack).

 

Le prégénérique hypnotique donne le ton : Under the skin nous transporte dans un autre monde, ou du moins une autre perception de notre monde. Les effets numériques et les formes géométriques finissent par former un œil en très gros plan, avec un sound design époustouflant, ce qui se vérifiera pendant tout le film, le travail sur le son étant aussi admirable que celui sur l'image. Glazer rejoue une variation cosmogonique façon 2001 de Kubrick ? Oui et non. On comprend qu'il s'agit pour une créature de revêtir (au sens littéral, comme des habits) un corps humain avant de se glisser dans notre monde. Scarlett Johansson, brune et mutique, aborde des hommes seuls et les séduit avant de les faire disparaître dans un magma de tourbe où leurs corps seront, à leur tour, récupérés par des créatures extraterrestres masculines. Le cinéaste a filmé les rencontres entre Scarlett et les passants en caméra cachée, ne révélant qu'à la fin l'existence du tournage aux hommes "piégés". Ce dispositif clandestin en dit beaucoup sur l'espèce humaine tout en gardant une étrange opacité. La mise en scène (parfaite) joue la répétition jusqu'à ce que la machine s'enraille et que l'alien Johansson ne pense à (re)prendre sa liberté.

 

Désormais errant dans la campagne écossaise, Scarlett / Alien va interroger rien de moins que notre humanité. Qu'est-ce qui fait de nous des humains ? Les sens ? Elle expérimente le goût, le toucher… Mais notre humanité ne tiendrait-elle pas plutôt à nos émotions ? A moins que ce ne soit du pur mimétisme. On devient soi en observant les autres. Jonathan Glazer, via son extraterrestre, nous donne à voir notre monde en se détachant des émotions humaines. Que faire devant une noyade, un bébé abandonné sur une plage, un homme mourant ? La séquence finale, entre thriller et science-fiction métaphysique, restera longtemps en mémoire. Under the skin subjugue par son originalité, dérange par les interrogations soulevées et offre à Scarlett Johansson un rôle -forcément- inédit, questionnant la matière vivante et le sens de la vie.

 

 

...HB...

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