Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Avec Violette, Martin Provost dresse un nouveau portrait de femme hors norme, en l'occurrence la vie trouble de Violette Leduc, auteur non conventionnel et protégée de Simone de Beauvoir. Emmanuelle Devos et Sandrine Kiberlain offrent un face-à-face intense dans un film magnifique.

 

Affiche-Violette.jpg 

 

Violette Leduc, née bâtarde au début du siècle dernier, rencontre Simone de Beauvoir dans les années d’après-guerre à St-Germain-des-Prés. Commence une relation intense entre les deux femmes qui va durer toute leur vie, relation basée sur la quête de la liberté par l’écriture pour Violette et la conviction pour Simone d’avoir entre les mains le destin d’un écrivain hors norme.

 

 

 

 


 

En 2008, Martin Provost explosait avec Séraphine (lire l'article du 7 octobre 2008), portrait d'une femme cabossée par la vie et peintre de talent qui allait rafler 7 Césars dont celui de la meilleure actrice pour Yolande Moreau. Le tandem se reformait trois ans plus tard avec moins de succès mais tout autant de réussite pour Où va la nuit (lire l'article du 7 mai 2011). Au même moment qu'il filmait la dame de Senlis, Martin Provost pensait à une autre artiste à la vie brisée, Violette Leduc, qu'il considère comme une sœur de Séraphine. "Leurs histoires sont si proches, c'est troublant" remarque-t-il. En effet, les deux femmes sont assez laides et surtout ont cherché -en vain- l'amour et la reconnaissance toute leur vie. Ces deux femmes, le cinéaste les filme de la même manière d'ailleurs, marchant à pas raccourci, dans des travellings latéraux en contre-plongée et avec un arbre seul au milieu de la nature (certains plans sont quasiment identiques).

 

Violette Leduc nous est présentée comme un bloc de colère et de solitude qui reprochera sans cesse à sa mère, à la fois adorée et détestée, son existence. "Tu m'as faite !" lui jette-elle à la gueule, entre violence et larmes. Son premier livre commence par cette phrase : "Ma mère ne m'a jamais tenu la main." C'est l'exceptionnelle Catherine Hiegel qui campe la mère à la fois envahissante et impuissante face au malheur de sa fille. Emmanuelle Devos, elle, incarne magnifiquement cette femme en proie à toutes les frustrations, au premier rang desquelles un amour fou et unilatéral porté à Simone de Beauvoir (Sandrine Kiberlain au sommet de son art) qui voit en elle un grand écrivain mais aucunement une amie ou amante ("On ne peut pas être amie avec Violette !" lance-t-elle à un Jacques Guérin médusé). Ce sera le sujet d'un livre (L'Affamée) qui ne rencontra aucun succès. Ce succès, malgré les encouragements de Beauvoir, Sartre, Genet ou Cocteau, se fera attendre jusqu'en 1964 et la parution de La Bâtarde (elle a alors 57 ans). Comme aucune autre femme de son époque, Violette Leduc écrit sur son avortement horrible (Ravages), sa mère peu affectueuse (L'Asphyxie) ou ses amours homosexuelles (Thérèse et Isabelle). A la manière d'un livre, le film se découpe en chapitres portant le nom des personnes (pour les cinq premiers) qui ont fait basculer son cœur, d'un lieu où elle trouvera la paix et de l'ouvrage qui la fera connaître au grand public.

 

D'une pure écorchée vive, Martin Provost voulait retirer "celle qui cherche l'amour et s'enferme dans une grande solitude pour écrire". Entêtée, passionnée, exclusive, parfois insupportable, toujours émouvante, Violette aime pour ne pas mourir, pour oublier son physique qu'elle abhorre, elle fume et boit beaucoup, transgresse toutes les règles de bienséance. Incomprise, internée (comme Séraphine), rejetée, elle vit une existence extrême et mourra d'un cancer du sein à l'âge de 65 ans, alors que le succès venait d'arriver. La musique envoûtante d'Arvo Pärt accompagne ce film intensément beau et troublant. Martin Provost construit, l'air de rien, une œuvre de plus en plus intéressante, le plaçant parmi les cinéastes français actuels de premier plan.

  

...HB...

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog